Fabric 83

Joris Voorn

Fabric  |  2015
7 / 10
par Simon  |  le 21 octobre 2015

Quelle belle histoire que celle de la carrière de Joris Voorn, self-made-man de la galaxie techno d’abord adoubé pour des EP’s sans concession, puis pour des albums encore aujourd’hui fascinants (From A Deep Place, surtout). Une dizaine d’années à travailler sans relâche sur la scène deep-techno/Detroit qui finira logiquement par amener le Hollandais à titiller le côté bling-bling de la force. Et comme aujourd’hui les deejays sont les nouvelles rockstars, même les personnages indé comme notre mangeur de gouda finissent par se déplacer le cul vissé dans un jet privé. Son Nobody Knows, sorti l’année passée après sept années de disette, est le témoin de tout ceci : une musique qui ne peut tourner le dos à des contours tech-house un peu vides, du clavier plus riche et plus fastoche, parfois trop pop, peut-être même un peu EDM. L’histoire d’un homme qui arrive au moment de sa vie où il ne doit plus rendre de comptes, qui peut se faire plaisir sans crainte d’être jugé par un petit pisse-froid de Goûte Mes Disques comme moi. Et il a bien raison, il a trop bossé pour refuser la good life et les cachets à 250k la soirée. C’est juste que ce sera sans moi et ce n’est pas bien grave.

Cette introduction, involontairement trop longue, est surtout là pour rappeler que dans cette belle histoire, on a surtout eu droit à une sélection mixée d’exception. Un double-disque monté sur une infinité de claviers, de beats, de nappes ambient et de tours de con bouclés pour mieux les reconstruire dans un concept de session-album complètement inédit. Quand Joris Voorn a annoncé qu’il allait tenter de rééditer l’exploit pour la maison Fabric, on s’est payé un léger frisson aux boursettes. Puis, dans un deuxième temps, on s’est demandé si le Batave était capable de rééditer l'exploit, de briller avec le même niveau d’intensité. Bref, de nous prouver que son Balance 014 n'était pas ce but incroyable qu’on ne réussit qu'une fois dans sa carrière, dans des circonstances uniques - genre contre ton ennemi de toujours. Bref, on a un peu flippé. Et on avait à moitié raison (ou tort, c’est selon). Ce Fabric 83 n’est pas foncièrement mauvais, il est même plutôt bon. Disons que parfois les planètes sont plus ou moins alignées. Et qu'elles ne le sont pas tout à fait non plus : on a ici droit à de la tech-house évidemment très construite mais qui peine à imposer ses ascenseurs émotionnels, quasiment absents de ces 80 minutes de mix. On tombe donc sur un produit classieux mais affreusement limité dans la narration. L’audace du procédé de composition confronté à la platitude toute relative du résultat, ça nous donne un bon disque, là où on attendait logiquement la sélection de l’année.