Better Than Heavy

Mongrel

Wall of Sound  |  2009
8 / 10
par Jeff  |  le 11 mars 2009

Ces derniers mois, ce ne sont pas les side projects et autres escapades en solo qui ont manqué. Mais chose assez remarquable, ces écarts bien mérités ne se sont pas limités à des bidouillages puérils censés flatter l'ego surdimensionné d'artistes se sentant étouffés par les tracas de la vie en communauté. Il suffit d'écouter les albums de The Last Shadow Puppets ou de Little Joy pour comprendre le bien-fondé et la pertinence de démarches dont on attendait parfois peu mais qui ont néanmoins récolté leur lot de lauriers – à juste titre d'ailleurs.

Dans le cas de Mongrel, on serait presque tenté de parler de 'supergroupe' à la lecture de l'impressionnant casting ici réuni: le guitariste des Babyshambles, le batteur des Arctic Monkeys, le premier bassiste de ce même groupe, un membre des Reverend & The Makers, le MC anglais Lowkey issu des Poisonous Poets, et John McClure, le leader des Reverend & The Makers, pour chapeauter le tout – on a connu pire pour attirer le chaland. Vu les horizons divers dont sont issus les protagonistes, les paris sont allés bon train pour deviner l'orientation musicale qu'allait emprunter la formation anglaise. Pour faire simple et tracer au plus vite les contours de l'univers de Mongrel, disons que cette joyeuse bande ressuscite un genre tombé en désuétude vers la fin des années 90 (la fusion rap-rock) et le remet au goût du jour au moyen d'une production généreuse qui n'est pas sans rappeler les élucubrations d'un autre groupe interstellaire, j'ai nommé Gorillaz.

En toute logique, la seule mention de l'appellation 'fusion' risque fort de rappeler à certains de nos lecteurs de vieux souvenirs, les noms de Urban Dance Squad, Asian Dub Foundation ou Senser leur revenant peut-être à l'esprit. Ce n'est un secret pour personne, le genre a mal vieilli et c'est avec une certaine légitimité que l'on peut émettre des doutes sur la capacité de Mongrel à nous faire avaler la pilule en 2009. Mais c'était sans compter le talent combiné des différents protagonistes et leur volonté farouche de ne pas sombrer dans un accès inutile de passéisme écœurant. Cela donne donc Better Than Heavy, solide premier album mélangeant allègrement beats corrosifs, riffs saillants et dub enivrant sur fond de message politique trempé dans l'acide – inutile de vous dire que Tony Blair, Gordon Brown ou George W. Bush en prennent grave pour leur matricule. D'un bout à l'autre de cet opus taillé sur mesure pour foutre un souk pas possible sur scène, Mongrel mélange culture urbaine, prose militante et slogans fédérateurs pour obtenir une résultat qui témoigne d'une force de frappe assez phénoménale – je vous mets au défi de résister plus de deux minutes à « Hit From the Morning Sun » et son alternance irrésistible de couplets scandés avec l'énergie du désespoir et refrains aux relents de ganja.

Certains taxeront probablement Mongrel de choisir la facilité, voire de jouer la carte du populisme ou d'enfoncer des portes ouvertes. Grave erreur. A une époque où le rock ne prend plus vraiment ses responsabilités et où le rap se complaît dans ses apparats bling-bling, un groupe comme Mongrel fait plaisir à entendre. Et évidemment, quand fond et forme font jeu égal, on en redemande...