Dour Festival 2018

Dour, le 11-07-2018 | par Émile le 31-07-2018

GAGNANT : Hugo TSR

Comme Dour n'est jamais en retard sur les bons coups, il y a évidemment de plus en plus de rap francophone dans la programmation. Mais comme on le disait plus haut, ces concerts se ressemblent beaucoup et s'épuisent parfois les uns les autres. Tout le monde voudrait avoir l'énergie du Patapouf Gang, mais c'est quand même très rarement le cas. Enfin, peut-être pas tout le monde. Parce que loin de la trap, du turn-up adolescent et du chemin (pas inintéressant par ailleurs) que prend le rap actuellement, Dour accueillait Hugo TSR et sa troupe à la Boombox. Et il faut se l'avouer, c'était génial. Génial parce qu'on s'est rappelé qu'on n'avait pas besoin d'avoir un hip-hop qui s'inspire des drops de dubstep pour pouvoir s'éclater. Le TSR Crew, c'est du rap old school pur jus, que ce soit au niveau des instrus, du flow ou des paroles. Mais le concert de Hugo TSR ne fonctionne pas que comme une madeleine qui rappellerait une prétendue époque bénie. Le plus génial avec Hugo TSR, c'est de voir comment il électrise une fanbase qui mélange jeunes têtes brulées et vieux cons, qui connaît tous les textes par cœur et réagit au quart de tour aux envolées du groupe parisien. Du rap autrement, et aimé profondément par ceux qui aiment tous les types de rap. Bref, un concert sincèrement rassurant sur l'état de cette musique dans nos contrées.

PERDANT: Booba

Ce petit paragraphe pour vous dire à quel point les concerts de hip-hop ont été inégaux dans cette édition. Au prix où se monnaie aujourd'hui une tête d'affiche dans un festival du calibre de Dour, tout est mis en place pour que le retour sur investissement soit garanti: une scénographie qui claque, une setlist plus consensuelle qu'un spectacle des Enfoirés, et un artiste qui prend bien soin de ne pas se la jouer Amy Winehouse 2.0 avant de monter sur scène. C'est exactement ce que Booba a fait, à la seule différence notable qu'à Dour, Saddam Hauts de Seine avait laissé traîner sa motivation au fond d'une bouteille de D.U.C. Si il serait de mauvaise foi de dire que le spectacle était mauvais, même les fans les plus hardcore ont été contraints de reconnaître que ce B2O-là n'était pas digne de son statut de headliner. Jamais pendant l'heure de concert on a senti chez Booba la volonté d'être à la hauteur de sa légende, ou la moindre envie de partager quoi que ce soit avec le public, à l'image de ce loooong moment pendant lequel il est resté assis face à ses ratpis, bouteille à la main. Alors le calcul est assez simple: quand on sait qu'un Damso exige dans les 100.000 euros pour ce genre de prestation, on peut imaginer que le cachet d'un Booba est dans la même fourchette. Et à ce prix-là, ça fait cher la déception.

GAGNANT : DEEWEE

Que ce soit avec Soulwax ou les 2 Many Dj's, les frères Dewaele ont déjà fait de nombreuses apparitions à Dour. Mais cette année, ce fut spécial. Entre le DJ set surprise du duo au Rockamadour sous le pseudo Klanken (les vrais savaient), la soirée du mercredi au Labo exclusivement consacrée à leur label et la démonstration de force sur la scène principale le vendredi, on a pu saisir toute l'importance et la pertinence du label gantois en 2018. Le concert à la Last Arena, déjà: Soulwax y a peut-être livré la meilleure performance sur cette scène du festival, talonné par un Tyler The Creator lui aussi étincelant. Un live millimétré, généreux, varié, avec un décor franchement délirant. Mais les deux Belges n'ont pas brillé que dans la lumière: la soirée DEEWEE au Labo a été un succès complet - poke Asa Moto qui a sorti un excellent EP dans une criminelle indifférence. Et puis malgré leur statut de stars mondiales, DEEWEE montre que ces deux gars ont envie de voir les choses en grand dans leur têtes, mais que cela garde une dimension humaine dans la concrétisation - à la régie pour le concert de WWWater, sur scène pour monter et démonter le matériel, au four et au moulin pour que "leur" soirée soit une réussite, bref la grande classe. Tout cela pour finir sur un live de Klanken, soit une version plus crue et percussive des Soulwax. Simples, efficaces, et naviguant des scènes les plus intimistes aux plus exposées, Stephen et David Dewaele sont peut-être les vrais grands gagnants de cette édition 2018.

PERDANTS : Preoccupations

C'est probablement une des grandes déceptions de ce Dour 2018. Attendus au tournant pour leur deuxième album post-changement de nom, le groupe de post-punk de Calgary n'a pas effectué une performance désastreuse, mais a plutôt pâti d'une qualité sonore franchement dégueulasse. Programmé tôt, sans vraiment de public pour atténuer le volume, et très probablement venus sans leur ingé son, les Canadiens ont sans le vouloi fait souffrir leur public. Car même peu nombreux, les aficionados du groupe étaient chauds. Pourtant, un certain nombre sont partis avant la fin: entre la voix et le synthé inaudibles, la basse crasseuse et la batterie qui écrasait tout le reste, on a eu beau enlever les bouchons, remettre les bouchons, les caler avec de l'herbe ou les doigts, il n'y avait rien à faire. Pas complètement coupable, mais assurément perdant.

GAGNANTE: Honey Dijon

A moins de vraiment adorer l'idée de clubber sur un terrain légèrement en pente, avec pour espace vital une surface devant correspondre à un A4 et entouré de milliers de jeunes en montée de MDMA que la promiscuité n'effraie pas, la Red Bull Elektropedia n'aura pas toujours offert les bons moments que l'on était en droit d'attendre, comme d'habitude victime de son succès. Mais quand toutes les conditions étaient réunies, cette scène a pu offrir des moments magiques. Et le set de Honey Dijon était de ceux-là. Programmée à une heure où l'arène commençait à se remplir (Steffi, qui jouait juste avant, n'a pas eu cette chance) et où les températures commençaient à redevenir supportables, l'Américaine a livré le set de house calorique que l'on attendait à cette heure de la fin d'après-midi, quand l'organisme commence à se chauffer pour les excès de la nuit qui s'annonce. Un banger à la fois et avec une énergie que seule The Black Madonna est également capable de déployer, Honey Dijon a réussi à se mettre dans la poche un public qui, ce jour-là, s'était surtout déplacé pour Stephan Bodzin et Recondite programmés un peu plus tard. La next very big thing de la house, c'est bien elle.

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