Veus

Marc Melià

Pan European Recordings  |  2021
8 / 10
par Émile  |  le 26 octobre 2021

Généralement, quand plusieurs potes te disent qu’un film est une merde, c’est qu’il ne faut pas y aller. Et inversement, il faut parfois faire confiance quand on te dit de foncer. Avec Marc Melià, le message est clair. Quand Gaspard Claus, Flavier Berger, Rodolphe Burger et Borja Flames (je pourrais rajouter le pote qui me l’a fait découvrir, mais comme vous le connaissez pas, ça perd de son intérêt) traînent autour du même type, c’est un indice sur lequel il vaut mieux ne pas passer. Et de fait, sa première sortie de 2017, Music For Prophet, était une petite sucrerie pour amateur·rices de synthés, une démonstration de toute la douceur que pouvaient provoquer les célèbres machines de Dave Smith.

Quatre ans plus tard, ce sont d’abord les changements qui marquent. Sur l’ambition déjà, puisque si Music For Prophet était une parfaite manière de construire un disque en se laissant toute la liberté de voir au fil de la composition ce qu’une contrainte matérielle permettait comme résultat global, Veus est un projet qui flaire la maturité du début à la fin. Les titres se répondent et s’interpellent, que ce soit dans les thèmes, les passages de flambeaux ou la construction générale de l’album, dont la première moitié est en catalan et la seconde en français, honorant la région de naissance de Marc Melià (Majorque) et celle de son adoption (Bruxelles). Et si cela mérite d’être noté, c’est bien que la voix, même présente dès le premier titre de Music For Prophet, devient un élément essentiel du disque, dans le travail de synthèse que réalise Marc Melià, ou dans la production du disque - notamment sur le single « Les Etoiles » avec en invités Pi Ja Ma et Flavien Berger.

Cette présence de la voix accompagne avec richesse un sentiment d’introspection également bien plus marqué. Difficile de ne pas se retrouver dans la simple – mais belle – liste des jours de la semaine de « DX7 », qui marie à merveille son amour des machines de Yamaha et une certaine poésie du quotidien. Difficile aussi de ne pas fermer les yeux et chercher à revoir les Vosges en écoutant « Une ferme dans les Vosges », morceau directement inspiré de la maison de Rodolphe Burger dans laquelle il a composé une grande partie du disque. Les histoires personnelles, les prénoms de proches, la douceur des mélodies et le travail sur les textures sont autant de fils que Melià tisse en une seule et même création, parfaitement cohérente, parfaitement personnelle.

Et cette douceur, il faudra bien en parler, puisque si on apprécie la façon dont il a fait évoluer son travail – et probablement sa méthode de travail –, il y a quelque chose qui n’a pas changé, et c’est cette rondeur si particulière qu’il aime donner à ses synthétiseurs. Peu d’overdrive et une maîtrise de la résonance absolument parfaite sont de simples exemples de ce qui fait l’essence du son de Marc Melià. Un son tourné vers le passé, comme ce qui sonne comme un hommage à Mort Garson dans « Romain », mais aussi un son tourné vers le présent, comme le très étonnant « Dent de Serra », décidément le morceau avec lequel on rentre pleinement dans le disque.

L’uniformité qu’on pouvait craindre au premier abord disparaît très vite dans un univers qui sera celui du confort autant que d’une étrange douceur. Un disque qu’on a envie d’acheter en format physique, de poser sur la platine du salon et d’écouter avec un petit verre de ‘insérer l’alcool de votre choix’.