There's Always Blood At the End of the Road

Wiegedood

Century Media  |  2022
8 / 10
par Erwann  |  le 14 janvier 2022

On pensait avoir tout compris à Wiegedood : les guitaristes Paul Seynaeve (ex-Amenra) et Gilles Demolder (Oathbreaker) s'associent au batteur Wim Coppers pour proposer un black metal s'inspirant de la seconde vague du genre - Mayhem, Darkthrone et tous ces joyeux drilles. Les albums portent tous le même nom et affichent quatre titres au compteur, dont une plage-titre invariablement placée en troisième position dans la tracklist. Mais apparemment, il était temps de changer de formule et de label - c'est désormais Century Media Records, propriété de Sony Music, qui gère la destinée de Wiegedood dans nos bacs. 

Mais en réalité, le cœur du débat ne se situe pas dans ces frivoles considérations numériques ou logistiques. There's Always Blood At the End of the Road est, de loin, l'album le plus violent du groupe à ce jour. Et le morceau d'ouverture "FN SCAR 16" fixe d'emblée les règles du jeu de massacre : rapide mais accrocheur malgré sa brutalité - un côté catchy renforcé par la brièveté des morceaux. En fait, tous les titres présents sur ce quatrième effort sont les plus courts que le groupe ait jamais enregistrés, à l'exception de la pièce centrale de l'album, "Now Will Always Be". Il s'agit par ailleurs du disque qui voit le groupe s'émanciper des schémas classiques du black metal. Certes, Wiegedood s'offre encore d'occasionnels passages post-metal, mais dans le maelström de riffs, ils ne constituent plus le point d'ancrage des compositions. Non, l'objectif de There's Always Blood At the End of the Road est de vous piétiner, harder, better, faster, stronger. En exagérant juste un peu, on dira que les trois premières chansons de There's Always Blood At the End of the Road contiennent plus de riffs dans leur besace que les trois précédents albums.

Cette nouvelle approche se concrétise également dans les parties vocales qui voient Paul Seynaeve faire évoluer sa technique de chant. Les hurlements gutturaux sur "And In Old Salamano's Room, The Dog Whimpered Softly" ou "Nuages" sont terrifiants. Quant à "Now Will Always Be" et "Carousel", ils sont le théâtre de déchirements de gorges enchevêtrés dans des riffs cataclysmiques. Dans des instants comme ceux-ci, le groupe flamand titille l'apocalypse, et la douleur qu'il incarne vous tourmente encore plus.

Pourtant, il ne s'agit plus tellement de douleur ici - ou pas seulement. Il n’est pas question non plus d’apitoiement, l’album optant plutôt pour une orientation cathartique - que Seynaeve a transposée avec succès de ses années Amenra. Il s'agit plutôt d'embrasser la douleur et de la conquérir malgré la lutte. Cependant, si ce nouvel album tente d'invoquer des sentiments purgatifs, il est bien trop violent pour atteindre pleinement son but, car Wiegedood ne nous laisse pas le temps de respirer. Mais qu'on ne s'y trompe pas : le sombre dessein du groupe n'est pas de nous épargner, mais bien de nous en mettre plein la gueule. Pari gagné : Wiegedood a réussi à se libérer de la stricte cage conceptuelle de la trilogie et a d'ores et déjà livré l'un des disques de (black) metal les plus réussis de 2022.

Le goût des autres :