Run The Jewels 2

Run The Jewels

Mass Appeal – 2014
par Jeff, le 29 octobre 2014
9

Dans un monde où la chronique musicale n’intéresse plus grand monde, où la hype ne se fabrique plus avec des mots, on se demande parfois (voire souvent) pourquoi on perd des heures à vous pondre des chroniques quand un truc torché en cinq minutes sur la carrière de dj de Paris Hilton rameute plus de monde que toutes les reviews hebdomadaires réunies. Parce que contrairement à ce que vous pourriez vous imaginer, accoucher de trois pauvres paragraphes sur un truc qui pourtant nous touche se révèle souvent être aussi simple que d’enfoncer un supo dans le fion d’un pitbull.

Et puis à l’occasion, on tombe sur des disques comme celui de Run The Jewels. Le genre de coup de foudre instantané qui donne la foi, la gnaque et (surtout) l’envie de renfiler son costume de scribouillard, et d’exprimer maladroitement le tourbillon d’émotions qui nous retourne le bide. On ne va pas se mentir : vu le CV d’El-P et Killer Mike, vu l’efficacité du premier album du duo et vu la qualité des premiers extraits, on avait un a priori très positif. Mais on ne le sait que trop bien : les albums de hip hop souffrent trop souvent du syndrome de la baudruche. Pas cette fois.

En effet, RTJ2 est l’un des trucs les plus jouissifs et libérateurs qu’il vous sera donné d’entendre en 2014. Sorte de version hip hop du digital hardcore d’Atari Teenage Riot (pour l’envie de tout péter qu’il déclenche et le côté cyber punk), RTJ2 est le point culminant d’une collaboration entamée sur le R.A.P. Music de Killer Mike deux ans plus tôt. Un album qui consacre une volonté commune, celle de travailler sur une musique dont la violence n’a rien de gratuit. Derrière des airs de grand bordel cataclysmique, RTJ2 a tout du disque où les moindres risques sont calculés. Run The Jewels, ce n’est pas le vieil AK47 tout rouillé d’un Taliban à la petite semaine. Non, Run The Jewels, c’est de la modern warfare de Ricains, le truc qui a un max de gueule et te fait un deuxième trou de balle à 2 kilomètres de distance.

En guise de cerise sur la gâteau, on a ici droit à une belle brochette d’invités, qui se mettent invariablement au service du projet plutôt que de jouer leur carte personnelle, qu’ils s’appellent Zach De La Rocha, BOOTS ou Travis Barker. Enfin, si la première mixtape de la paire avait un côté inattendu et amateur, RTJ2 a la gueule, l’amplitude et les ambitions d’un véritable album, avec les épaules larges et les coudées franches. Un projet qui tient en haleine d’un bout à l’autre en s’appuyant sur une production froide et oppressante, et des flows qui tirent à vue. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer, et vu la trajectoire commune empruntée depuis deux ans, on ne peut avoir qu’un regret : qu’ils ne se soient pas trouvés un peu plus tôt.

Le goût des autres :
6 Simon 8 Maxime