Phlox

Edit Select

Prologue  |  2014
8 / 10
par Simon  |  le 9 juin 2014

La tendance imposée par la modernité voudrait qu’on consomme musique, cinéma ou expositions à une vitesse folle. Rien de nouveau là-dedans, simplement une frénésie due au grand accès global et qui a influé sur notre rapport à l’art de manière presque irréversible. Sauf que la majorité des gens ne sont pas des X-Men et que, jusqu’à présent, nos journées continuent de compter vingt-quatre heures. Corollaire vicieux de cette hyper-réalité, l’obsession pour la nouveauté, quitte à la consommer pour mieux la délaisser au profit d’une actualité plus nouvelle encore. Pourtant, et c’est bien connu, il faut laisser aux vieilles casseroles leur capacité à générer de grands disques. Si on vous bassine ici avec cette introduction digne d’un étudiant en communication, c’est que le disque sur lequel on va gloser ici a été écouté sans tenir compte de ce qui précède, et qu’il ne peut véritablement s’apprécier que dans cet esprit de sérénité.

Car Phlox n’est pas un disque qui fait la démonstration de quoi que ce soit de nouveau,  il n’a rien de trendy, rien d’inédit. Cette deep-techno est juste parfaitement maîtrisée, old school et carrée. A l’image de Edit Select et de ses vingt années de métier. Un disque qui fait la balance entre une ambient riche et mélodique et du kick qui ramone avec plus de classe qu’un quadra italien, généreusement et langoureusement. On a pu lire ailleurs – et c’est assez justifié – l’analogie qui pouvait être fait entre ce disque et le premier LP de Function sorti l’année passée sur Ostgut Ton (Incubation). Un disque dont on attendait plus la sortie (après vingt ans d’attente), et qui s’impose comme un grower total. Un disque pour les oreilles attentives, qui laissent du temps au développement des choses et des images mentales persistantes qu’on peut attendre d’un grand disque de techno. Certains diront que Phlox est un disque simple. Et ils auront raison. Ceux-là ne devraient jamais oublier que la plupart des musiques (techno ou non) sont en général assez simples, mais que toute la difficulté est de les jouer simplement.

Entre ambient, techno minimale et broken beat, Edit Select - et plus largement le label sur lequel il pose, Prologue – vient de poser un de ces disques dont on se souviendra longtemps, et dont le LP ne servira pas seulement à garnir notre armoire à vinyls. Pas sûr qu’on puisse en dire autant de la majorité des next big things présents et à venir.

Le goût des autres :