Oi Oi Oi Remixed

Boys Noize

Boys Noize Records  |  2008
6 / 10
par Simon  |  le 16 mai 2008

Dans la famille des jeunes pousses vivant au crochet de la hype, je demande le petit frère. Quoique à bien y regarder, Boys Noize a déjà largement dépassé ses comparses en terme de titres playlistés lors de ces folles nuits de grabuge électronique, reléguant Justice au rang de groupe underground dans ces événements nocturnes. On ne reviendra pas ici sur le Oi Oi Oi qui faisait, il y a peu, l’objet d’une chronique par mes soins. Nous préférerons nous concentrer sur ce qui se doit d’être considéré comme un événement notoire à en croire les blogs qui pullulent sur le net, je veux bien sûr parler du maintenant traditionnel exercice du disque remixé à tout va. Devenu monnaie courante depuis maintenant quelques semestres, se laisser triturer les compositions par des producteurs de renom représente, faut-il croire, le sommet d’une consécration internationale pour nos chers producteurs aussi avides de diversité musicale que d’extension médiatique

Concernant Alex Ridha, le choix du casting n’a pas dû poser de problèmes démesurés quand on connaît quelque peu l’admiration dont il fait preuve au cœur du star-system électronique. On retrouve donc sans trop de surprises une brochette de ce qui peut se faire de mieux en termes de producteurs électroniques de tout bords. L’album pose directement la question litigieuse de l’opportunité d’un tel traitement car la majorité de ces titres traitera le cas de Oi Oi Oi de manière assez frileuse, voire carrément timide (Siriusmo, Para One plagiant littéralement le sample de « Burnin’ » des Daft Punk, Proxy ou encore le jeune Surkin dont la présence ici n’est que peu risquée). Entendons-nous bien, cette relative timidité relève plus de l’audace du travail et de l’implication dans l’exercice du remix que dans la globalité du son en présence. En effet, celui se contente justement de commettre l’erreur fatale en tombant dans une linéarité grossière, principal grief au moment de chroniquer le Oi Oi Oi premier.

Si une bonne moitié des titres justifie leur présence par un copier-coller grotesque du son de Boys Noize, on notera néanmoins des tentatives plus osées qui se démarquent nettement par la témérité dont il font preuve. Au rayon des ratés méritants, place au remix de Dj Maxximus qui nous tente la reconversion de « The Battery » dans une version typée grime/dubstep pour un résultat statique et répétitif, ennuyeux au possible donc. Dans une veine plus enthousiaste, on retrouve le jeune prodige A-Trak (turntablist de renom officiant à vingt-six ans seulement aux côtés de Kanye West) dirigeant « Oh ! » dans un concentré de stéréotypes drolatiques : de la sirène nu-rave à la basse guimauve en passant par les vocodeurs « pro-daftien », on ressent le besoin irrémédiable de sourire alors que le son, lui, se contente d’être exigeant malgré tout.

Mais ce qui fait le réel intérêt de cette galette, jusqu’ici en demi-teinte, surgira d’une paire de titres rugissants, touchant à eux seuls les sommets de ce que l’on imagine être le remix idéal : Apparat tout d’abord (pas étonnant me direz-vous), abandonnant quelque peu un cut-up mal dégrossi pour une virée au cœur d’une tornade de nappes urbaines, dont les fondations métalliques à la résistance infinie se voient pilonnées de breaks bien sentis, secouant le sol même à chaque claquement. Deuxième et dernière perle, Puzique (duo composé de Boys Noize et D.I.M., tous deux dignes dépositaires du label Boys Noize Records) clôturent ce disque par une version illuminée de « Frau » (déjà remixé de manière sauvage sur Oi Oi Oi), sortant de son écrin de soie quelques explosions contenues sur ces lyrics de I-Robots devenus cultes à leur insu, distillant de manière lyrique une ligne de basse solide sur nappes de velours pour huit minutes de plaisir intenses.

La linéarité de ce disque étonne au vu des producteurs ayant répondu présents à l’appel de ce Oi Oi Oi Remixed, et on se retrouve donc avec ce qui servira vulgairement, si besoin en était encore, à l’étalage inélégant d’un son devenu trop commun et jeté en pâture à des foules malheureusement encore demandeuses de ce genre de vulgarisations électroniques. Sans nul doute, ce disque fera son petit effet au moment de faire craquer le plafond au cœur de salles bondées, on ne lui en demande finalement pas beaucoup plus. Faudra-t-il encore un album de remix des remix pour que ce Oi Oi Oi atteignent finalement un point d’orgue dont on peine à voir l’arrivée ? Quoiqu’il en soit, profitez maintenant de cette nouvelle tartine eurotrash, sait-on jamais que l’envie prenne à ce producteur, néanmoins de talent, de virer de bord subitement. Ainsi va la hype.