Love On My Mind

Bambara

Wharf Cat – 2022
par Alex, le 28 février 2022
6

Curieuse entité qu’est Bambara. Depuis qu’on la suit, la formation new-yorkaise semble être de celles qui brouillent les pistes et dont les mutations permanentes entre chaque sortie révèlent un goût du risque qui n’est pas pour nous déplaire. Oeuvrant autrefois au sein d’atmosphères noisy, le groupe mené par les frères Bateh s’est petit à petit orienté vers un post-punk lorgnant sur le gothique et la darkwave. Après le très bon et très sous-coté Stray, le groupe est ainsi de retour en formation trio avec Love On My Mind, un EP ou mini album 6 titres paru sur Wharf Cat et sur lequel on retrouve la contribution de Claudius Mittendorfer (Parquet Courts, Johnny Marr,...) mais aussi l’ajout de musiciens additionnels pour disséminer ça et là harmonies et touches de cuivre.

On entre dans le vif du sujet avec un “Slither In The Rain” qui ouvre de nouvelles perspectives pour le groupe avec un son très texturé et nuancé. Forcément et comme sur les précédentes livraisons de Bambara, ce sont principalement les nonchalantes parties vocales de Reid Bateh qui monopolisent l’attention. Il faut dire qu’avec son timbre très particulier, tel une version plus déglinguée de Nick Cave, le frontman n’a aucune difficulté à poser sur des chansons d’amour langoureuses et mélancoliques, taillées pour être la bande son de vos ébats (“Point and Shoot”, “Little Wars”). Toujours très à l’aise dans ce rôle de crooner sombre, il permet au groupe de naviguer entre post-punk, noise froid et rock and roll élégant. Cette musique très référencée et au tempo moins galopant constitue autant un motif de satisfaction que de déception car elle n’est pas exempte de certains signes de faiblesse. Malgré quelques fulgurances (“Mythic Love”, ”Feelin Like A Funeral”) Bambara peine ici légèrement à sortir de sa zone de confort, ce qui lui ressemble finalement peu.

Force est d’observer que six titres, c’est peu et à la fois beaucoup pour se faire une opinion et si Love On My Mind a beau contenir quelques morceaux d’excellente facture, il n’en laisse pas moins l’auditeur·ice sur sa faim. Et pour cause, l’ensemble de l’EP semble être à moitié composé de chutes du précédent album et ne témoigne pas de la même ambition entrevue précédemment. C’est d’autant plus dommageable que le chemin accompli depuis Dreamviolence en 2013 jusqu’à Stray en 2020 laissait entendre que le trio évoluait à pas de géants entre chaque disque. Bambara continue d’avancer sans trop faire de vagues mais gageons qu’il ne s’agit là que d’une nouvelle tentative de reculer pour mieux sauter.

Le goût des autres :