Balens Cho (Hot Candles)

Mach Hommy

Self released  |  2021
8 / 10
par Aurélien  |  le 15 décembre 2021

Et si Mach-Hommy n'était qu'un fantôme ? Le fantôme d'un rap qui a plié sous le poids de sa propre popularité, et qui peine à renouer avec sa sincérité d'antan ? Ou plus plausible, le fantôme de son Haïti natal, étouffé par la pauvreté, la violence et la corruption ?

Tel un spectre, Mach-Hommy nous hante depuis quelques années déjà. Il nous hante par le mystère qui l'entoure et qu'il entretient soigneusement, dans de rares interviews qui disparaissent de la surface d'internet sans crier gare ou dans sa production dense et touffue; une discographie aux allures de forêt noire où le rappeur s'amuse à nous perdre. Une œuvre qui finit d'ailleurs par se soustraire à toute temporalité, uniquement guidée par cette manière de créer de l'espace dans un sample pour y poser une complainte ou débiter un couplet plus aiguisé qu'une machette.

L'année 2021 de Mach-Hommy, elle restera dans les annales pour sa réconciliation avec ses anciens collègues de Griselda, la team d'Avengers menée par Westside Gunn qu'il a co-fondée au tout début de sa carrière. Une réconciliation qui donnera en début d'année un fort agréable Pray For Haiti produit par l'homme aux meilleures adlibs, et qui puise sa force tant dans les formidables qualités du MC que dans une production qui sied pourtant mieux à l'univers des trois Griselda qu'à celui de l’ectoplasme du New Jersey. Aussi, on lui préférera volontiers Balens Cho (Hot Candles), son deuxième album en un an et comme d'habitude sorti sans le moindre effet d'annonce début décembre. Forêt noire, nous revoilà.

Vingt trois minutes suffisent à nous rassurer sur la capacité de Mach-Hommy à figer des éclairs de génie sur une boucle crasseuse, et son aventure avec les gars de Griselda ne lui a nullement donné des envies d'ailleurs. Sur Balens Cho (Hot Candles), le MC continue de revendiquer son intégrité et son flow tout terrain. Sauf que cette fois, il semble étonnamment apaisé, moins enclin à laisser éclater son égo, comme sur ce "Wooden Nickels" introspectif où il parle sans détour de ses proches qui ont passé l'arme à gauche, ou ce "Self Luh" qui conclut le disque dans une beauté solaire, quelque part entre la bienveillance des meilleurs morceaux de Lil B et les parenthèses soul du Mos Def des débuts.

Balens Cho (Hot Candles) impressionne sans faire de Mach-Hommy autre chose que l'ombre qu'il a toujours été. Et de toute évidence, le rappeur ne cherche pas la consécration : le visage caché sous un large chapeau et enveloppé dans un foulard aux couleurs du drapeau d'Haïti, il laisse la musique parler à sa place pour que chaque nouveau disque fasse la jonction entre un passé passionnant et un futur qu'il lui reste encore à dessiner. Un projet d'une qualité insolente à mettre à l'actif de l'un des rappeurs les plus fascinants de ces cinq dernières années.

Le goût des autres :