Baby 81

Black Rebel Motorcycle Club

Island – 2007
par Splinter, le 1 avril 2007
9

"Whatever happened to my rock'n roll" : la "punk song" qui les a révélés en l'an 2000, annonçait la couleur : le Black Rebel Motorcycle Club (BRMC pour les intimes) est un groupe insaisissable mais profondément rock, quoi qu'il arrive, et dont il est interdit de douter. Nombreux sont celles et ceux à avoir été non seulement surpris mais également déçus par leur précédent album, le très déroutant Howl, sorti en 2005. Cet album, assez éloigné de l'esprit garage rock des deux premiers opus du groupe, explorait en effet les racines profondes du rock américain et mettait de côté l'imagerie bikers sans foi ni loi du groupe. Ses accents folk et acoustiques, quoique séduisants (l'album est très bon) ont pu provoquer un petit pincement au cœur au regard de ce que Peter Hayes et Robert Levon Been avaient proposé par le passé. Mais l'histoire ne s'arrête pas là.

Ces fans déçus peuvent se réjouir aujourd'hui avec Baby 81, le nouvel album du BRMC, dont le titre constitue une référence à une tragédie moderne : la réclamation par neuf familles différentes d'un bébé sri-lankais de quatre mois retrouvé et hospitalisé après le tsunami de 2004 en Asie du Sud-Est, le "bébé numéro 81". Incompréhension et révolte sont donc les deux maîtres-mots de cet album sombre et habité. Car, comme en témoigne la pochette américaine de l'album (qui diffère de la française), le groupe a sorti les guitares du placard et renoue avec la noirceur huileuse de BRMC, leur premier disque sorti en l'an 2000. Ce retour aux affaires du BRMC pouvait difficilement mieux se présenter. Baby 81 est un album brillant, passionnant, exceptionnellement addictif et file une bonne grosse baffe à tous ceux qui pensaient le BRMC mort et enterré.

Le premier single, "Weapon of Choice", le laissait entrapercevoir : guitare sèche en intro pour ne pas renier l'apport de Howl, et songwriting féroce, une réussite, et pourtant pas le meilleur titre du disque. "Berlin", second morceau de l'album, est encore meilleur, un titre puissant et incroyablement sexy grâce à ses guitares affûtées, au jeu de batterie d'un Nick Jago enfin revenu de cure de désintoxication, à une mélodie prenante et à un texte ouvertement contestataire, dans la lignée de "US Government" sur Take Them On, On Your Own, sorti en 2002 : "Suicide's easy / What happened to the Revolution ?".

Le troisième choc suit immédiatement avec "Windows", rythmée par un piano rageur, probablement le meilleur titre de la galette, qui démontre la volonté du BRMC de ne pas s'enfermer dans une niche garage rock mais de s'ouvrir à la pop : recherche mélodique, modulation de la voix et guitares en cascades, au même titre que "Not What You Wanted", qui lorgne dans une certaine mesure du côté du rock californien, Beach Boys en tête, tandis que "Need Some Air", pied au plancher, et "Cold Wind", toutes guitares dehors, finissent de convaincre de la qualité exceptionnelle de ce disque engagé, aux antipodes d'un rock guilleret et festif qui n'a jamais été l'apanage du groupe.

Clairement l'une des grosses sorties rock de ce printemps, le disque aura fort à faire avec le prochain album des Queens of the Stone Age mais se place d'ores et déjà parmi les grandes réussites de l'année en parvenant à faire le grand écart entre metal, garage et pop. Sans doute le plus accessible de la discographie du BRMC et peut-être même le plus réussi car le plus équilibré, cet album ouvre au groupe une autoroute vers (enfin) la reconnaissance critique et publique.

Le goût des autres :
7 Adrien 6 Nicolas 9 Romain 8 Popop 9 Laurent