Aix

Giuseppe Ielasi

12k  |  2009
7 / 10
par Simon  |  le 8 avril 2009

Le nouvel album de Giuseppe Ielasi marque de manière forte le retour de l’excellent label 12k sur les devants de la scène électronique mondiale. C’est que, au-delà de la très bonne tenue de l’écurie new-yorkaise en matière d’avant-garde, notre Italien est de cette race de producteurs qui ne peuvent concevoir la musique électronique sans une bonne dose d’humanité et de chaleur. A tel point d’ailleurs que ses productions sont devenues des points de référence réguliers au moment d’évaluer la bonne santé de la musique électro-acoustique contemporaine.

Souvent assimilé à un usage intensif de l’instrument guitare au cœur de ses productions, Giuseppe Ielasi s’écarte quelque peu du sillon musical qu’il a creusé pour s’orienter vers une démarche nouvelle, quoiqu’encore plus excitante. Tout d’abord, le travail de l’Italien s’oriente vers des territoires plus rythmés - détail qui a son importance car souvent considéré comme un des points faibles de ce genre de musiques. Des beats légers comme l’air qui se voient bouclés à l’infini afin de former une base solide pour le reste à venir. Il est temps maintenant pour Ielasi de faire parler ses qualités de technicien du son. Comme un dessinateur prend le temps de décomposer le mouvement de son personnage animé feuille après feuille, image après image, Giuseppe Ielasi compose sa musique par strates évolutives. Mais plutôt que de peindre sa toile de manière horizontale, l’Italien construit ses titres en ajoutant des boucles comme il les retire l’instant d’après. Une histoire de boucles finalement. Autant acoustiques (guitares, guitare basse, sons environnementaux, guimbarde, carillons) qu’électroniques (synthés italo-disco religieux, beats placés sous couveuse), les sons jouent avec l’espace comme un scientifique avec son microscope.

De haut en bas, de gauche à droite, l’Italien se place comme le trait d’union improbable, qui ne pouvait exister sans lui, entre la musique techno et la musique concrète, le tout monté comme un énorme vivarium d’influences jazzy. Bugge Wesseltoft rencontre The Field, les deux se rendant à une réception organisée par Karlheinz Stockhausen. Finalement, on ne pourra reprocher à Aix (titre faisant écho à la commune française ayant hébergé son enregistrement, Aix-en Provence) que sa courte durée : une demi-heure seulement, un plaisir furtif, qui se verra certainement sublimé par l’écoute à répétition, destinée logique pour cette œuvre aux mille couleurs. Giuseppe Ielasi vient de frapper fort, très fort même.