A Static Place

Stephan Mathieu

12k  |  2011
8 / 10
par Simon  |  le 9 juin 2011

Si certains disques sont comme des leçons d'histoire, alors A Static Place tient le rôle de professeur émérite. Entre 1928 et 1932, les toutes premières pièces des ères baroques, gothiques et renaissance sont gravées sur vinyl 78 tours. De vieilles antiquités au statut de patrimoine mondial, devenues aussi rares que recherchées. Alors quand ces plaques ont rendez-vous avec la modernité, on se dit que seul un homme de la carrure de Stephan Mathieu pouvait à se point transcender un mythe en un autre mythe. Le plan est plutôt simple: ces vinyls seront joués sur de vieux gramophones, et deux micros se chargeront de capter ces envolées sonores pour les enfermer dans le laptop. De là, on retrouve le schéma classique de la manipulation a posteriori en studio. Inutile de mentionner que ce passement de témoin d'une époque reculée à une autre bien plus moderne a quelque chose d'infiniment poétique, d'extrêmement troublant.

S'agit-il de drone un poil austère, d'ambient mélodique ou de manipulations électro-acoustiques? Difficile de le dire, sûrement les trois à la fois. Ce qui est sûr, c'est que ce disque est admirable dans sa capacité à occuper l'espace, à travailler avec un énorme volume d'intensité. A Static Place est un voyage sans mouvement, une merveilleuse machine à rêve qui se conçoit dans un tournoiement ininterrompu autour d'un auditeur devenu sujet de la musique. Le grain est total, les souffles épais et aérés, vous êtes réellement un élément du paysage sonore. Avec quatre pièces de dix minutes et une de vingt, A Static Place passe par toutes les émotions, varie de crescendo en catharsis et expose sa sensibilité avec une retenue qu'on pourrait qualifier d'exceptionnelle. C'est sûrement cette sobriété ambigüe qui assied véritablement ce seizième tour de force du prodige allemand. Pour en profiter, tous les niveaux de lecture se valent bien : de l'écoute passagère au franchissement des barrières, là où se dévoilent l'infinité de détails, A Static Place montre autant de visages que d'interprétations de ceux-ci. Chaque écoute supplémentaire prouve que le lien qui unit ici modernité et tradition est bien plus qu'un exercice de style conceptuel, il est surtout l'occasion de faire de l'infiniment beau avec une association tout ce qu'il y a de plus romantique.

Il nous reste peu de choses à vous dire à propos de A Static Place, seules les écoutes répétées et un abandon total remplaceront peut-être ces mots en un plaisir qu'on espère aussi grand que le nôtre à vous partager cette heure d'évasion. Une expérience qui demande temps et amour, mais qui s'affiche comme une des grandes réussites ambient de cette année.