2008-2013 : 50 personnalités à retenir

30.

Devonte Hynes

Ces dernières années, la pop mainstream est devenue le terrain de jeu de choix de pas mal d'artistes de la sphère indie en manque de liquidités ou voulant se tester sur des formats plus radio-friendly et populaires (quand ils ne sont pas populistes). A ce petit jeu, notre préférence va à Devonte Hynes, dont la carrière finalement plutôt discrète a tout de l'enviable sans-faute - bien que son look de über-hipster ait quand même tendance à nous faire légèrement rigoler. Ces cinq dernières années, celui que l'on avait découvert au sein de l'étoile filante Test Icicles a non seulement produit de superbes albums sous divers pseudonymes (Lightspeed Champion pour les folkeux, Blood Orange pour les amateurs de pop 80's), mais il a également joué les éminences grises pour Solange Knowles (la soeur de Beyoncé donc) et travaille actuellement au retour de l'un des girl bands les plus sous-estimés de sa génération, à savoir les Sugababes originelles - qui se produisent désormais sous le nom Mutya Keisha Siobhan. Avec son songwriting fortement référencé mais d'une rare limpidité, Devonte Hynes est un exemple à suivre.

29.

Mike Sniper

Mike Sniper est un mec qui porte plutôt bien son nom. Dans son viseur, le dynamisme de la scène rock indépendante de Brooklyn. Il se décide à lui défaire ses nœuds de lacets pour la faire repartir du bon pied en 2008, lorsqu’il fonde Captured Tracks, sa lunette de précision braquée sur les recoins les plus prometteurs, de la pop, du shoegaze et du post-punk. A priori discret et rare en interview, son crane aussi rond qu’une boule de cristal reste le plus souvent à l’ombre. Un rapide coup d’œil sur le roster du label suffit à se rendre compte de l’acuité du bonhomme, qui ne cesse de s’améliorer au fil des ans. Captured Tracks est ainsi devenu en peu de temps un pont entre passé présent et futur à travers la glorification de la sainte trilogie twee, pop ligne claire et shoegaze. Car en dehors de proposer un remarquable travail de rééditions, c’est toute une nouvelle scène et une nouvelle esthétique qui prend forme avec des groupes comme The Soft Moon, Mac Demarco, DIIV, Chris Cohen, Beach Fossils ou Holograms. Autant de formations qui pratiquent chacunes à leur manière le culte de la mélodie vaporeuse et brisée, douce et rêche à la fois. Captured Tracks, c’est le Sundance musical de New York, une sélection en marge des blockbusters FM. Le vernis arty en moins.

28.

Bester Langs

Comment un mec avec une tête de chien peut-il soudainement devenir l’incarnation d’un médium de référence en matière de contre-culture émergente ou de « culture culte »? Tout simplement en arrêtant de chercher ailleurs et dans le passé; en débarrassant le journalisme musical hexagonal de son complexe de la petite scène musicale alternative française. Alors qu’il en a marre de dépendre de rédacteurs en chef, Bester Langs, en compagnie d’autres archanges déçus de la presse musicale, lance le site Gonzai. Imprimé pour la première fois sur « papier virtuel » en 2007, son manifeste pourrait se réduire à ceci: une approche totalement subjective de sujets passés sous silence par ceux qui sont censé en être les ambassadeurs historiques et du coup, donner un bon coup de pied dans la fourmilière du publi-rédactionnel à haute teneur en intérêts réciproques. Gonzai apportera de la crédibilité à la génération du web participatif qui pêche parfois dans son excès de liberté. Cinq ans plus tard, à l’heure où la presse papier tente de sauver les meubles en investissant cet internet 2.0 et en l’étouffant à force de se répéter à l’infini, Gonzai navigue toujours à contre-courant et envisage le support papier. Depuis la fin 2012, grâce à un financement participatif qui responsabilise le lecteur, un bi-mensuel est édité et livré directement dans votre boîte aux lettres. On y fait la part belle à des sujets vastes et divers, toujours traités à travers le prisme déformé d’une culture pop déglinguée mais authentique. Le tout libéré de contraintes promotionnelles. « Des faits, du freak, du fun ». La Sainte Trinité, Amen !

27.

Peter Rehberg

On le sait, il est difficile d'amener l'auditeur "néophyte" sur les terrains de l'électronique expérimentale sans se ramasser son lot de de préjugés boiteux et de rires étouffés. Car cette musique fait peur, probablement par son apparente absence de cadre, de structures et de règles. Alors si on devait essayer une dernière fois de vous convaincre, on vous parlerait d'Editions Mego. Et donc de Peter Rehberg. C'est bien l'idée du dossier, on ne doit vous parler que d'impact, d'essentiel et d'incontournable. A ce jeu là, vous ne trouverez pas meilleur conseil que d'aller scruter le catalogue hyperactif de la structure menée par notre ami anglais. Radicalité, aventure et goût du beau sont les éléments-clés du succès de la structure, comme si rien n'avait existé autour. Ce que le label a réalisé en cinq ans? Fonder des sous-labels de qualité (Spectrum Spools, Ideologic Ogan ou Sensate Focus), amorcer un rapide virage vers des musiques plus "pop" (la promotion de Oneohtrix Point Never ou d'Emeralds) pour mieux créer une rétrsopective vinyl sur les plus grandes oeuvres électro-acoustiques de l'histoire. Pour que les gens n'arrêtent jamais d'explorer, de souffrir, de rêver dans des horizons musicaux sans cesse renouvellés. Et vu la constance, ce n'est pas prêt de s'arrêter. PS: vu qu'on a du choisir entre les deux, vous pouvez remplacer "Pether Rehber" par "Jon Wozencroft" et "Editions Mego" par " Touch Music", le côté pop en moins.

26.

Adolf Hipster

Franchement, encore aujourd'hui, on ne sait pas vraiment qui se cache vraiment derrière cette industrie qu'est devenue la Boiler Room. On ne sait pas comment fonctionne réellement cette petite entreprise ou à quoi peut bien ressembler son business model. Ce que l'on sait par contre, c'est que ces dernières années il n'est pas un DJ légendaire/bankable/über-hype (biffez la mention inutile) qui n'ait pas été convié à passer quelques disques le temps d'une soirée organisée par le site. Aujourd'hui, le modèle est connu de tous et semble réglé comme du papier à musique: des grandes villes, de grands évènements, de grands espaces pas trop remplis, un public de privilégiés qui a souvent l'air de se faire chier (ou de super bien faire semblant de se faire chier) et des ambianceurs qui se paient des sets parfois anodins, souvent très bons, occasionnellement légendaires. Mais finalement, la personne que l'on associe le plus immédiatement à la Boiler Room, c'est probablement ce teuton au mauvais anglais qui se charge d'introduire le type qui va te faire surchauffer les mollets. Il ne sert strictement à rien et ici, on l'appelle Adolf Hispter. Une blase de feu pour le type le plus inutile de la structure. Epic Win.

25.

Richard Russell

Gérer un label, c’est autant d’idéaux que d’emmerdes. Avec une crise du disque qui fout pas mal de bâtons dans les roues, les patrons font contre mauvaise fortune bon cœur histoire de faire tourner la baraque. Et puis il y a ceux qui ont le cul dans le beurre, en plus d’avoir un nez très creux. Avant d’avoir touché le gros lot avec Adele, Richard Russell avait déjà mis pas mal de beurre dans ses épinards en sortant quelques disques ayant marqué leur époque: The Fat of the Land de Prodigy White Blood Cells des White Stripes, Boy in Da Corner de Dizzee Rascal, le premier album solo de Thom Yorke ou le Kala de M.I.A. De notre côté, on retient également les seconds couteaux de luxe à la Jack Penate ou Ratatat. Clairement, l’Anglais n’a pas son pareil pour sentir les tendances et parvenir à signer un artiste où moment où il s’apprête à devenir réellement bankable. Mais quand débarque une talentueuse rondelette qui, en douze mois, fait passer votre compte en banque de 3 au 32 millions de livres avec son 21, cela fait de vous un homme heureux et libre. Cela ce sent chez un Richard Russell qui continue de se laisser guider par son flair – qui lui a indiqué qu’il serait peut-être bon de réveiller Gil Scott-Heron pour un ultime album sur XL et de relancer la carrière de Bobby Womack avec l’aide de Damon Albarn. Ces dernières années, XL a peut-être sorti moins de disques mais Richard Russell n’a jamais semblé aussi à l’aise dans son costume de défricheur patenté de la sphère indie. Ce qui veut dire qu’il nous réserve encore de bien belles surprises.

24.

Panda Bear

Des quatre cerveaux grillés d’Animal Collective, il y en a un dont la carrière solo semble avoir sonné le glas du groupe: c’est celui de Noah Lennox. Livrant coup sur coup quatre albums entre sunshine pop, folk, hip hop et chillwave, celui qu’on nomme Panda Bear a constamment tiré le groupe de Baltimore (avec le concours du bro Avey Tare, c'est vrai) vers des sommets pop arty inviolés depuis que les Beatles, les Kinks ou les Beach Boys ont pris leur retraite créative. Et si on n'osera pas le comparer, comme on a pu le lire à la sortie de Tomboy, au génie fou de Brian Wilson, on ne va pas non plus cracher sur un mec qui continue d’apporter des idées neuves sur la table malgré un Centipede Hz pas franchement impérissable. Et vu ce que ça donne quand il se décide à copiner avec des mecs aussi sympas que Zomby, Bradford Cox, Pantha du Prince ou même Daft Punk, on a toutes les raisons de penser que notre panda préféré n’a pas encore dit tout ce qu’il avait à dire. Et rien que cette perspective suffit à justifier sa présence dans cette liste.

23.

Alberto Guijarro

Au petit jeu du meilleur festival du monde,chacun y va de son petit avis éclairé: cela va de l'agoraphobe intégriste qui ne jure que par le petit rendez-vous de province à la programmation aussi pointue qu'audacieuse au mec qui ne fait pas un concert de l'année et espère tout rattraper en quatre jours à Rock Werchter ou aux Vieilles Charrues. Mais quelle que soit la catégorie dans laquelle on se trouve, tout le monde est à peu près d'accord pour dire que le Primavera Sound de Barcelone s'offre depuis un petit temps le plus beau line-up du globe - cette année, le festival catalan a fait même mieux que Coachella en termes de têtes d'affiche ou de vieilles gloires reformées, ce qui n'est pas rien. Le Primavera, c'est un parc de béton tentaculaire en bordure de Barcelone, et qui met un budget conséquent au service d'une programmation qui trouve une équilibre assez parfait entre gros noms ronflants, artistes portés au pinacle par Pitchfork et formations adeptes de trajectoires pour le moins alternatives. Et comme il fallait bien trouver un visage qui personnifie l'un des plus gros évènements musicaux du globe, on a pris son co-directeur. Rien que vous permettre de vous la péter en société en citant son nom.

22.

Orelsan

Il est simpliste et réducteur de voir en Orelsan un simple ersatz de Fuzati. Ne serait-ce qu'au regard du chemin parcouru depuis la bafouille adolescente qu'est "Sale Pute" jusqu'à la chanson pop pour adolescents qu'est "La Terre Est Ronde". Avec des erreurs de parcours, des instrus assez moyennes dans l'ensemble et un flow de blanc, Orelsan est tout de même parvenu à esquisser, à travers son propre portrait, celui d'une génération désabusée, avide de plus mais se contentant de moins, enfermée dans des stéréotypes et engluée dans les contradictions. Le verbe est simple et précis, et le propos dépasse largement le cercle des fans de rap. Et l'air de rien, il est le premier à réellement le faire depuis Doc Gynéco.

21.

Ryan Schreiber

Il existe deux groupes au sein de la rédaction de GMD. Il y a le groupe comprenant les personnes emplies d'admiration et de dévotion pour Pitchfork. Ceux qui ont le sourire aux lèvres avant même que la fameuse page au trident ne s'ouvre, page où ils espèrent découvrir, par le biais d'interfaces d'écoute incroyablement esthétiques tout en étant faciles d'usage et de critiques incomparablement érudites, une ultime merveille musicale. Ils aiment cette équipe d'Américains jeunes et dynamiques qui ont révolutionné le journalisme musical en enterrant sous des peletées d'intelligence et de bon goût, les momies sechées de la presse papier. Alors que la nuit tombe et que leurs paupières se ferment, ces gentils collaborateurs de GMD disent une petite prière au dieu de leur choix pour le remercier d'avoir permis l'existence de Pitchfork, phare musical et exemple éternel pour eux tous. Et puis il y a l'autre groupe, celui qui rassemble les rédacteurs dont les yeux coulent de rage en repensant aux articles pompeux et aux listes froidement stratégiques, qui crachent de la bile (quand même un peu jalouse) à l'idée de cet hermaphrodisme auto-incestueux de critique/organisateur de festivals et enfoncent avec férocité de longues aiguilles dans une petite poupée à l'effigie du poupon Ryan Schreiber, fondateur et directeur de Pitchfork, ce modèle totalement immatériel et pourtant si lourd qu'il écrase tout le monde. Il n'y a pas grand chose qui sépare ces deux groupes, bien souvent c'est un gin-tonic et/ou un coup de poing.