Shearwater

Paris, Le Bataclan, le 11-11-2008 | par Splinter le 12-11-2008

Programmer un groupe de la trempe de Shearwater en première partie d'A Silver Mt. Zion relève, soyons gentils, d'une douce absurdité. Non que nous ayons quoi que ce soit à reprocher à ces derniers, d'ailleurs. Chacun ses goûts. Mais la troupe de Jonathan Meiburg mérite, objectivement, un tout autre traitement. Cela dit, faute de grives, on mange des merles, et, première partie ou non, ayant raté Shearwater à La Maroquinerie quelques semaines plus tôt, on se devait d'aller admirer le célèbre ornithologue au Bataclan ce 11 novembre 2008, pour le troisième concert parisien de son histoire.

La décision de se rendre à ce concert s'imposait d'autant plus a posteriori que l'expression "première partie" n'est sans doute pas adaptée en l'occurrence. Meiburg est en effet resté sur scène pendant quarante-cinq bonnes minutes et a joué une grosse dizaine de titres, issus principalement du dernier album du groupe, le majestueux et indispensable Rook, sorti en juin dernier. Ce qui n'a, finalement, rien de déshonorant, lorsque l'on sait que l'une des précédentes prestations des Américains en Belgique, alors en tant que tête d'affiche, n'avait duré qu'une petite heure. En tout état de cause, ces quarante-cinq minutes, on les a savourées comme rarement.

On attendait une prestation magique de la part d'un groupe capable, sur disque, de créer de véritables petits miracles de lyrisme et de beauté évanescente. On n'a pas été déçu. Sur scène, ce que Shearwater perd – malheureusement – en douceur et en finesse, il le gagne en énergie, bien aidé en cela par son batteur Thor Harris, improbable viking barbu et aux cheveux tressés, habillé en femme, qui joue peut-être un peu trop fort, sans toutefois remettre en cause la magnificence des compositions de Meiburg.

Ainsi, qu'il s'agisse de la trilogie "On The Death Of The Waters", "Rooks" et "Leviathan Bound" sur Rook ou du diptyque "La Dame Et La Licorne" et "Red Sea, Black Sea" sur Palo Santo, le groupe affiche une maîtrise absolue de son insolent talent collectif ainsi que de l'excellence de ses individualités, chacun des membres pratiquant plusieurs instruments, à l'image de la voluptueuse Kim Burke à la basse et la contrebasse, la seule, d'ailleurs à oser parler au public de quelques mots de français.

Meiburg, pour sa part, les cheveux longs, quasi autiste, fait figure de guide chamanique, entraînant l'audience toute entière dans son propre rêve éveillé, dans lequel on croise des léopards des neiges, un nuage et des garçons perdus, terminant sa prestation en transe et au bord de l'implosion, ivre de ses chansons sublimes et des applaudissements chaleureux des spectateurs, pourtant pas forcément venus pour lui. Magique, oui, ce concert l'était assurément, malgré sa durée évidemment trop courte.

Et après avoir admiré Okkervil River une semaine plus tôt, on se dit qu'on tenait en la paire Sheff / Meiburg il y a encore quelques mois, avant leur séparation, peut-être les dignes successeurs de frères ennemis célèbres tels que Lennon et McCartney, à savoir deux génies absolus, sans doute pas encore reconnus à leur juste valeur laquelle, on le sait, n'attend pas nécessairement le nombre des années.

Shearwater en concert, c'est titiller la grâce des yeux et des oreilles, flirter avec l'inconcevable : Meiburg est bien un druide, un magicien, un dieu vivant.

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