Fish 'n' Chips

Ghostface Killah

101 Distribution  |  2007
7 / 10
par Simon  |  le 1 juin 2007

De loin le plus prolifique du Wu Tang Clan, Ghostface Killah, comme d’autres du « clan », continue régulièrement à faire vivre la légende du plus grand groupe de rap US au travers d’albums divers ou autres mixtapes, conscients que la popularité dont ils jouissent (et qui ne semble pas près de s’éteindre) fait office de garantie suffisante pour poursuivre l’aventure en solo. Cette démarche consistant à surfer sur la vague de la gloire passée pose le problème de l’implication toute relative ayant caractérisé pas mal de productions « post-Wu Tang », car si certains Mc’s se sont donné un point d’honneur à soigner leurs carrières solos (Method Man et son Tical 2000, GZA et sa mixtape en compagnie de Dj Muggs), l’ensemble des sorties de l’ex-team n’est pas exempt de tout reproche à l'image d'Inspectah Deck et son Movement en 2003.

Comme toute mixtape qui se respecte, elle se voit accompagnée de son lot de remix, de featuring en tout genre, de face B, de bonus tracks et de live dont la provenance et la date d’enregistrement demeurent toujours inconnues. Mais toute mixtape digne de ce nom comporte aussi une escorte d’interludes (souvent soûlantes je vous l’accorde) destinées à assurer un semblant de cohérence entre des titres dont la vocation n’était pas nécessairement de cohabiter sur la même galette. Avec Fish ‘n’ Chips, on tombe indéniablement dans ce carcan usé jusqu’à la corde, sauf qu’ici, on pourra compter sur le savoir-faire vocal de Ghostface et ses acolytes pour hausser le ton général d’une sélection foisonnante. Dotés d’une production sobre s’alignant sur la recette ayant fait ses preuves au sein du Wu Tang, les 31 titres de l’album s’enchaînent à grande vitesse, s’appuyant sur le flow toujours aussi tranchant de son Mc pour un résultat variant entre des titres raisonnant comme de véritables petites perles absolument nécessaires à tout fan du Wu Tang que nous sommes, mais malheureusement aussi à toute une série d’essais tout à fait dispensables qui auraient mieux fait de rester entassés dans les tiroirs de ces producteurs véreux (car il paraît maintenant évident que l’impulsion donnée à ce genre d’album prend naissance chez les producteurs avides d’user de leur précieux filon).

Sans réellement forcer son talent, Ghostface Killah atteint aisément le minimum syndical requis pour ce genre d’exercice. On regrettera malheureusement de devoir se contenter d’un simple fourre-tout au regard d’un potentiel qui demeure intact malgré le poids de l'âge, on s’en ira se réécouter le Enter The Wu Tang (36 chambers) pour se rendre compte qu’il y avait certainement mieux à faire depuis la mort de Ol’Dirty Bastard.