Convocations

Sufjan Stevens

Asthmatic Kitty Records  |  2021
7 / 10
par Camille  |  le 26 mai 2021

On ne va pas vous mentir: 150 minutes de tribulations ambient, c’est long. Long ne veut pas forcément dire pénible, mais ce n'est pas non plus la garantie d’un chef d'œuvre - sauf si on s’appelle Leyland Kirby. Comme on prend notre rôle de critique très à cœur, on a pris le temps d’écouter – deux fois, quand même – le nouveau Sufjan Stevens de la première à la dernière minute, tout en observant la canopée. 

Ce n’est pas la première fois que Sufjan Stevens utilise la musique comme exutoire pour un deuil parental. La démarche n’est pas sans rappeler l’album Carrie & Lowell paru en 2015 suite au décès de sa mère. Ici, c'est le père perdu qui est célébré en musique. Mais mis à part l’élément déclencheur, rien de ce qu’il a pu en tirer ou en créer n'est pareil. Ici, son projet explore une période de deuil qu’il traverse sans paroles; parce qu’entre la perte d’un être cher et l’année écoulée, qui a encore l’usage des mots pour décrire les absurdités que l’on a vécues ?

Sous les arbres, on se concentre sur la musique. Le musicien a comparé son travail à un Requiem, alors on tente d’y retrouver quelques émotions comparables à un Kyrie, un Sanctus Dominus ou un Dies Irae. Il n’y a rien d’aussi magistral dans cette œuvre, rien qui nous envahisse autant. Pour la comparaison liturgique, on repassera. Par contre, Convocations transmet de façon juste et parfois piquante ces douleurs qui nous tordent lorsqu’on se retrouve dans pareille situation. Entre abandon, colère, tristesse et désespoir, la musique nous aide à amadouer le nœud qui gouverne nos émotions. 

Si l’on entre facilement dans la phase « Meditations » pour se mêler au voyage émotionnel, on décroche tout aussi facilement vers la fin de « Revelations » et « Celebrations ». Les mouvements sont construits en cycles qui se dégradent, s’altèrent, et reviennent éventuellement, comme pour signifier cette acceptation, cette fatalité que l’on a tant de mal à digérer. Avec « Incantation », on sent le printemps revenir et l’espoir renaître. Quelques subtilités nous allègent la poitrine, et l’on veut croire à de meilleurs lendemains. 

Bien qu’il soit difficile d’accrocher à chaque minute étant donné quelques passages manquant de consistance, l’ensemble est une aventure à vivre au moins une fois et donne un bon prétexte pour décrocher quelques heures des pressions extérieures quelle, qu’elles soient. Un bon accompagnement pour faire une pause réflexive sur cette année écoulée mais aussi, n'ayons pas peur de le dire, les mois qui se déploient devant nous.

Le goût des autres :