The Legendary 1979 No Nukes Concerts

Bruce Springsteen & The E Street Band

Sony Music  |  2021
10 / 10
par Nico P  |  le 6 décembre 2021

Tout a été dit, ou presque, sur Bruce Springsteen, sur le E Street Band, sur leur importance capitale, et leurs monstrueuses, gargantuesques tournées. Pourtant, The Legendary 1979 No Nukes Concerts, désormais disponible dans bien des formats mais surtout en Blu-ray de grande qualité, n’en demeure pas moins un document précieux, pour ne pas dire inestimable.

Parce qu’il permet, d’abord, de comprendre l’homme, ici sur la scène du Madison Square Garden pour une série de concerts organisés par le groupe militant Musicians United for Safe Energy, fondé en 1979 par les musiciens Jackson Browne, Graham Nash, Bonnie Raitt et John Hall, ainsi que le journaliste Harvey Wasserman. L’objectif : protester contre l'utilisation de l'énergie nucléaire, quelques mois à peine après l'accident de la centrale nucléaire de Three Mile Island en mars de cette même année. Springsteen, pas encore le Boss mais en passe de le devenir avec cet évènement, témoigne, déjà, de son engagement.

Bruce (les fans ont la fâcheuse tendance de l’appeler par son prénom, c’est ainsi) n’est pas seul. The Doobie Brothers, James Taylor, Carly Simon, Nicolette Larson, Ry Cooder, Gil Scott-Heron, Jesse Colin Young, Chaka Khan, Poco et Tom Petty & The Heartbreakers partagent l’affiche. Certains semblent déjà voir leur gloire se faner, mais en ce mois de septembre, Springsteen, auteur de quatre albums (Darkness on the Edge of Town est paru l’année d’avant, The River doit arriver un an plus tard), entend bien tout prouver. Tout, mais quoi ? On ignore ce qui l’anime, intimement, mais à le voir débarquer sur scène, chauffé à blanc, rieur, galvanisé par la foule et les envolées de son complice Clarence Clemons (qui par moment remporte la bataille à l’applaudimètre), on se dit que quelque chose se passe, quelque chose de mûrement réfléchi et en même temps, de profondément animal. Sait-il qu’il doit, qu’il souhaite, ce soir et pas un autre, devenir le Boss ?

Quiconque a déjà vu la formation sur scène, hier comme aujourd’hui, le sait : chacun de ses membres est lié à tous les autres, quelque chose de l’ordre du mystique, du surnaturel. Un geste, presque imperceptible par le commun des mortels, suffit à relancer la machine. Un mouvement discret, un rictus, et chacun comprend le rôle qu’il a à jouer. Court (par la suite, ce sera plutôt une rareté), le concert semble divisé en deux temps. D’abord les hits (“Born To Run”, évidemment, “Jungleland”, “The River” aussi, cadeau en avance), puis les hommages (“Rave On” de Buddy Holly et “Stay” de Maurice Williams). Soirée entre potes aussi, Petty, Browne et Rosemary Butler apparaissent pour un tour de chant. Bruce plane au-dessus de son public (qui n’était pas forcément le sien quelques heures, minutes plus tôt), de la concurrence, de toutes les attentes. Quelque chose se passe, qui touche au divin.

Le goût des autres :