See My Friends

Ray Davies

Decca/Universal  |  2010
3 / 10
par Romain  |  le 19 novembre 2010

Certains types ont toujours été enveloppés d’une aura rock’n’roll, et ce quoi qu’ils fassent. Qu’on se souvienne de Roky Erickson, par exemple, qui continue de battre le pavé avec la même ferveur malgré une vie de déboires. Qu’on jette un œil à Iggy Pop qui n’a rien perdu de sa superbe même s’il a laissé derrière lui quelques muscles. Et que dire d’Eric Burdon dont la qualité des albums n’a jamais faibli depuis The Animals ? Tous ces types sont toujours dans le coup pour la simple et bonne raison qu’ils n’ont jamais arrêté une seconde de faire du neuf. Ils n’ont jamais cédé à la « papyfication » qui frappe ceux qui ont décidé de leur plein gré de tomber dans la catégorie « classique » au même titre que les succès de leur prime jeunesse. Réfléchissez deux secondes : si Paul McCartney avait passé toute sa carrière à ressasser les hits des Beatles pour les fans vieillissants, est-ce qu’il serait plutôt « Paul McCartney » ou juste « un vieux Beatle » ? A l’entendre, Ray Davies avait fait le même calcul : ne pas vivre du confort du « phénomène Kinks » toute sa vie, ne pas cesser de créer, d’innover. Il a consacré du temps à une foule de projets parallèles souvent mort-nés et au partage de ses talents de composition avec d’autres groupes. Ses premiers albums solos ne sortent pourtant au grand jour qu’à partir de 1985 quand il met en musique Return to Waterloo, le film culte des Kinks. S’ensuivent The Storyteller et surtout Other People’s Lives en 2006 qui a été unanimement reçu comme un excellent come-back.

Mais Universal Music n’est pas à court d’idées pourries lorsqu'il s'agit de recycler. Et donc, pourquoi ne pas réunir une belle brochette de noms autour du vieux Ray histoire de passer un coup de vernis sur les meubles du grenier ? Dans l’absolu, pourquoi pas ? Mais quand les artistes présents ne sont autres que Metallica, Billy Corgan et Bon Jovi gueulant en face de Bruce Springsteen, Mumford and Sons, Lucinda Williams ou même Mando Diao, on peut s’attendre à merveilleux bordel. Davies a beau avouer timidement qu’ « il a fallu concilier les styles de ces artistes pour donner à l’album une certaine continuité », See My Friends est un véritable foutoir. « Celluloid Heroes » et « You Really Got Me » sont purement et simplement massacrés par l’overdrive alors qu’un instant plus tôt le  « Waterloo Sunset » de Jackson Browne faisait figure d’anesthésie générale. On ne crachera pourtant ni sur le Boss, ni sur Amy McDonald, ni sur Paloma Faith qui tentent malgré tout d’habiter un minimum leurs duos ; mais tout de même, ça ne vole pas très haut tant le tout semble convenu, prémaché et brouillon. Apparemment, personne n’a tenté d’être un brin original sur les arrangements ou de cuisiner à sa sauce avec un minimum de bon sens. Et on en arrive à se demander si quelqu’un dans le tas a vraiment décroché une carte blanche avant de faire son boulot ; si c’était le cas - mais on peut en douter avec un label pareil - ils seraient tous à pendre à un crochet pour mauvaise volonté crasse. Et là, ce serait juste insultant. 

Même si Ray Davies n’a semble-il plus rien à prouver, se lancer dans un tel projet sans véritable motivation artistique était aussi intéressant que de programmer une soirée ‘Tribute to the Kinks’ sur MTV. Et tout le monde sait pourtant à quel point ce genre de show est d’avantage un clou dans le cercueil d’un groupe qu’une possibilité de redécouverte en bonne et due forme. Bref, le bon Davies ferait mieux de se reprendre s’il ne veut pas rejoindre le triste club des décatis radoteurs aux cotés de Rod Stewart et de Keith Richards. En attendant, retournez écouter Face to Face sur votre pick-up en plastique, c’est beaucoup plus sain pour l’esprit et surtout meilleur pour le moral.