Safe Inside The Day

Baby Dee

Drag City  |  2008
8 / 10
par Nicolas  |  le 4 mars 2008

Alors que le nouvel Antony ne nous parviendra pas avant l’automne, il nous faut accueillir en ce début d’année l’étrange Baby Dee qui partage avec le vainqueur du Mercury Prize 2005 la particularité d’être androgyne. Mais en dehors de ce point de comparaison, les deux artistes ont également collaboré par le passé, Baby Dee étant de la partie sur le premier album d’Antony, en 2000. Mais depuis, Baby Dee se consacre à ses propres productions ; ce Safe Inside The Day, la troisième du nom, lui permettant de signer sur Drag City, le label d’une autre harpiste, Joanna Newsom.

Ayant participé au dernier Current 93, tout comme Antony dont on connaît l’amitié pour David Tibet, Baby Dee nous invite, quant à elle, dans un univers oscillant ostensiblement entre cabaret déglingué et opéra bastringue. En véritable chat de gouttière, l’artiste ne s’est jamais véritablement fixée. Ainsi, son passé fait état de deux périodes plutôt antagonistes : l’une en tant que saltimbanque, l’autre en tant que chef de chœur dans une église du Bronx. Auxquelles il faut ajouter un amour pour le voyage, et plus particulièrement la ville de Paris. Et c’est à l’intersection de tous ces éléments que se situe aujourd’hui l’œuvre de cette diva déchue, avant même d’avoir approché la célébrité. Grande admiratrice de Palestrina, aussi habile au piano qu’à la harpe, Baby Dee dut pourtant s’entourer de Bonnie ‘Prince’ Billy et de Matt Sweeney à la production pour accoucher d’une œuvre qu’elle trouvait trop sombre pour être enfantée en solitaire. Grand bien lui en prit, le résultat parvenant, à l’image de sa génitrice, à transcender les genres : on passe ainsi du folk au cabaret, en effleurant la pop voire le jazz. Sans oublier ce lyrisme exacerbé véhiculé d’un bout à l’autre de Safe Inside The Day. S’il est musicalement haut en couleur, le monde de Baby Dee n’en est pas moins habité de part en part. Et quand bien même, cet opus donnerait à Baby Dee la place qu’elle mérite sur l’échiquier musical, il ne parviendrait pas à la libérer entièrement de ses démons. Dès lors, on peut s’attendre à ce qu’elle vienne régulièrement nous visiter.