Robert Pollard Is Off To Business

Robert Pollard

Guided By Voices Inc.  |  2008
5 / 10
par Romain  |  le 4 février 2009

La discographie de Robert Pollard est tout bonnement impressionnante. Auteur à lui seul d’une quinzaine d’albums depuis la fin 1997, époque à laquelle Guided By Voices s’est vu amputer des guitaristes Mitch Mitchell et de Tobin Sprout, il a également contribué à une myriade de side-projects avec lesquels il a pondu au moins autant d’EP’s. Si on additionne tout ce travail avec celui fourni au sein de Guided By Voices avant 2004, on obtient une incroyable somme de morceaux. Et c’est à juste titre qu’on dirait du bonhomme qu’il est l’un des auteurs les plus prolifiques du rock indépendant des années 90 (au moment où vous lisez cette chronique, Pollard a d’ailleurs déjà sorti un autre album). Maintenant, la question est de savoir quelle est la place d’Off To Business au sein de toute cette médiathèque.

Guided By Voices était de ces groupes amateurs qui affichaient clairement leur déclaration d’indépendance. Avec des moyens parfois dérisoires et des productions quasi confidentielles à leurs débuts, Pollard et comparses ont porté pendant presque 20 ans les couleurs d’un rock idéaliste aux accents punk un peu débrayé. Pollard laissait alors parler toute son exubérance sur des albums comme Vampire On Titus ou Alien Lanes, dont les titres, aux arrangements inédits, étaient généralement très cours. Petit à petit, c’est vers une pop plus conventionnelle que le groupe s’est dirigé, vers un style qui a fini par les porter sous les feux de la rampe en 1999 avec Do The Collapse notamment, dont les titres comme « Hold On Hope » ou « Teenage FBI » disposent encore d’une place de choix sur la bande originale des séries pour midinettes.

Pollard, dans la foulée, publie Waved Out en 1998. Album parallèle qui, tout en étant bien plus personnel, reste axé dans la même optique pop que Guided By Voices. L’homme semble pourtant prendre de la distance avec ses acquis. Le goût des textes surréalistes est toujours présent, mais les parties instrumentales deviennent de plus en plus alambiqués et intimistes. Cette logique va se perpétuer sans heurts majeurs jusqu’à notre Off To Business en passant notamment par le très réussi From A Compound Eye.

Malheureusement, rendre hommage à Pollard était plus facile qu’encenser son Off To Business. Celui-ci a définitivement laissé tomber les hymnes énergiques de Guided By Voices pour s’aventurer dans une pop lo-fi convenue et quelque peu surannée. Cet album aurait sans doute eu son petit succès à l’apogée d’R.E.M. mais les standards ont trop changé pour épargner Off To Business. Pollard tire sur sa voix sans discontinuer, laissant flotter un vague relent de vite fait bien fait que viennent souligner  des mélodies et un panel de sonorités finalement pas aussi riches que ce qu’on pouvait en attendre. On est loin de Waved Out ou From A Compound Eye (par exemple) qui restaient bien mieux inspirés.

Cet album se voulait innovant (Pollard a d’ailleurs quitté Merge Records pour crée Guided By Voices Inc. dans l’espoir de changer d’air) mais le fait est qu’on tourne autour du pot et que Robert Pollard Is Off To Business n’est qu’un tour de plus. Si le but recherché était un retour à une certaine fraîcheur pop, on se doit d’admettre qu’il n’est pas tout à fait atteint. Quand la créativité rencontre l’excès monomaniaque…