Nova Cardinale

Superpoze

Combien Mille Records – 2022
par Nico P, le 4 mai 2022
9

Superpoze n’est pas un garçon comme les autres. Gabriel, de son véritable prénom, semble en effet jouer en permanence avec les attentes et les prédictions. Il y a quelques années, auréolé du statut de futur grand des musiques électroniques (pour tenter de mettre une étiquette sur un artiste qui pourtant les refuse), le Caennais, après deux albums coup sur coup (le flamboyant Opening en 2015 et le merveilleux For We The Living deux ans plus tard), décida de se retirer du devant de la scène pour œuvrer en temps que producteur (pour Lomepal) et compositeur de musiques de film (La Source, Frères Ennemis). Certes, il ne s’agit en aucun cas d’un pas en arrière, mais d’une intention véritable : se mettre au service d’un autre, accepter de ne pas être le visage vendeur, le nom accrocheur.

Nova Cardinale est donc l’album du retour pour nous, chroniqueurs désireux de célébrer comme il se doit un troisième disque de celui que nous (tout du moins l’auteur de ces lignes) considérons depuis les premières maquettes sur Soundcloud, comme l’un des artistes les plus intrigants, obsédants de sa génération. Chez Superpoze, tout n’est que questionnement - de l’image donc; de la musique, aussi. Le Français prend son temps, pèse chaque mot en entretien, semble lui-même, parfois, peiner à expliquer ce qui sort de son studio, celui-là même dans lequel il passe tant de temps. Humble et touchant donc. Et totalement en accord avec sa musique, qui elle-même ne cesse de questionner. En vrac : comment l’artiste parvient-il à coordonner ce qui pourrait être un trop-plein (d’idées, d’instruments) pour livrer quelque chose d’aussi intimiste, simple en apparence ? La cohérence totale et absolue de chacun de ses disques est-elle consciente, pensée, ou se révèle-t-elle à lui au gré de l’enregistrement ? Comment naissent ses chansons, en apparence si vaporeuses, évanescentes, si peu de choses, et finalement si intenses, captivantes ?

Oui, Superpoze, qu’on connaît depuis si longtemps reste encore et toujours une énigme. Son nouvel album est son meilleur. Non parce qu’il (nous) manquait, mais bien parce que, du premier single “Parabel”, merveille absolue, au très Massive Attack To Build A Fire”, en passant par l'ambitieux “Naïades” et l’éclatant “Avril, Mai”, on se perd, certes, dans les superlatifs, mais surtout, on se baigne, amoureusement, dans un océan de pureté.