Not Music

Stereolab

Rough Trade  |  2010
7 / 10
par Pauline  |  le 16 janvier 2011

Not Music, le nouvel opus de Stereolab, est surtout un album qui vient se placer dans la discographie du groupe à un moment plutôt critique de leur carrière. Trop prolifiques lors de l'enregistrement de leur précédent album (Chemical Chords, sorti en 2008), Stereolab décide de scinder son projet en deux sets de chansons. Le premier est donc Chemical Chords, album très pop et aussi très réussi au milieu de leur carrière exemplaire, qui contient quelques morceaux d'anthologie. Entre temps, Stereolab annonce en avril 2009 leur séparation temporaire. Ils expliquent sur leur site avec humour : "as we recently made #51 with Emperor Tomato Ketchup in the Amazon 100 Greatest Indie Rock Albums of all Time, we feel that our work is done for the moment." Emperor Tomato Ketchup, point d'orgue de leur carrière prolifique, trône donc à une place de choix dans le paysage si fermé de l'"indie pop", peu importe ce que l'on entend par là.

Cependant, il reste dans le tiroir des membres de Stereolab le reste de ces sessions Chemical  Chords, toujours prêt à être sorties en l'état. Tandis que les membres vaquent à leurs occupations (la chanteuse Laetitia Sadier sort notamment un album solo), le groupe annonce la sortie de Not Music en novembre dernier. Rien que son titre concentre l'humour et l'état d'esprit si particulier de l'ovni pop qu'est Stereolab. Qu'en est-il de l'album? Il découle tout naturellement de l'ambiance très pop de Chemical Chords, il est de la même façon très up-tempo, très léger, tout en continuant à baigner dans l'exploration expérimentale qui caractérise le groupe, mais dans une moindre mesure. La première partie du disque se définit par ce son typiquement Stereolab, qui plaît par habitude, mais qui ressemble tant au précédent opus qu'il n'éblouit pas particulièrement. Ce qui caractérise cet album, c'est finalement le manque de nouveauté, et une impression de continuité un peu molle à laquelle Stereolab ne nous avait pas habitués. Ce qui crée cette frustration, c'est que bien sûr, cet album ne représente pas le groupe en 2010, mais bel et bien Stereolab en 2008, au moment de l'enregistrement. Là où on se réjouit de réécouter ce groupe pionnier, là où on s'attend à des merveilles de leur part, là où on se réjouit que leur séparation prenne fin le temps d'un album, on est finalement terriblement déçus de devoir écouter Not Music pour ce qu'il est: une série de chutes, une deuxième partie, la seconde moitié d'un tout. L'absence de nouveauté est si incompatible avec l'idée même de Stereolab que le paradoxe peut énerver.

Il reste bien les deux remix, celui de "Silver Sands" par Emperor Machine, qui insuffle un vent de nouveauté dans l'album et qui aide Sterolab à revenir à ses amours krautrock (ce qui en est presque choquant et qui coupe réellement l'écoute en deux parties) et celui de "Neon Beanbag" ("tube" du précédent opus) qui devient une longue tirade musicale rêveuse grâce à l'expertise d'Atlas Sound. Pour le reste, on est face à du Stereolab, son unique, pop magnifique, voix et langage à part, arrangements parfaits: du Stereolab un peu banal, c'est toujours du haut niveau, mais l'atmosphère de tristesse et de déception prend le dessus. On aura tout de même le droit de sélectionner quelques morceaux, comme celui qui ouvre l'album "Everybody's Weird Except Me", pour pleurnicher en attendant le retour du groupe londonien, que l'on espère grandiose, nouveau, décalé et merveilleux, comme à leur habitude. Not Music ne nous en apprend pas plus sur la direction que prendra Stereolab pour le futur, mais il est certain que leur pause ne pourra leur être que bénéfique.