Brill Bruisers

The New Pornographers

Matador  |  2014
7 / 10
par Michael  |  le 29 septembre 2014

On va pas faire notre majorette, on a toujours eu un gros faible pour les New Pornographers. Déjà, un groupe qui aligne un des meilleurs mélodistes canadiens (A.C. Newman), la plus belle rousse de l’indie game (Neko Case) et le fils caché de Syd Barett et Ric Ocasek (Dan Béjar) a de quoi faire saliver un escargot au fin fond du désert de Gobi. Et puis de toute façon, quand tu as un groupe avec deux rouquins, tu peux être sûr que ça va voler très haut - le premier qui cite Simply Red en contre-exemple se prend trois coups de pelle dans les rotules. Ensuite oubliez aussi tous les clichés que vous avez sur ce que l’on dénomme communément les « supergroupes ». Ici on n’est pas au PSG, on n’additionne pas les individualités pour braquer les championnats. Non, ici on additionne les talents pour pondre des putains de bombinettes colorées et sucrées.

Sur Brill Bruisers, c’est encore une fois le même topo : des chansons à tiroirs avec des gimmicks et des arrangements toujours au service de l’euphorie et de la joie collective, des refrains et des chœurs en mode « full band singing » qui feraient passer les derniers albums d’Arcade Fire pour du chant grégorien, et une maîtrise de la mélodie gigogne qui en remontrerait à tous les apprentis Robert Pollard de la planète. Hélas, bien que la bande jouisse d’une réelle popularité en Amérique du Nord, elle fait partie de ces groupes qui rencontre (sans que l’on comprenne bien pourquoi) une indifférence éhontée depuis leurs débuts dans la vieille Europe, au contraire de certains de leurs compatriotes qui squattent allègrement les couvertures dès qu’ils posent une pêche.

On ne vous mentira pas non plus en vous disant comme ces requins du jeu promotionnel que ce nouvel album est le meilleur depuis l’avant-dernier qui était déjà le meilleur depuis l’antépénultième. Non, ce n’est pas le cas et pour être totalement honnête, c’est même le moins bon. Seulement si vous avez deux yeux qui fonctionnent bien (ce qui est vraisemblablement le cas si vous êtes arrivé à lire jusqu’ici), vous verrez dans le petit cercle au-dessus de ces quelques lignes que nous lui avons attribué une note de 7/10. Autrement dit, chez les New Pornographers, même le plus mauvais effort vaut une « mention bien ». Ce qui ici déçoit un peu, c’est une production un peu trop gonflée et compressée sur quelques titres, et sans doute un niveau général de composition un peu faible en comparaison des pièces précédentes - et notamment des excellents trois premiers albums.

Enfin bon, un groupe qui arrive à nous pondre une pépite comme ce « Champions of Red Wine » chantée par une Neko Case tout en retenue et simplicité, c’est quand même déjà du caviar. On retiendra aussi les tubes certifiés platine que sont « Brill Bruisers » ou « Dancehall Domine », et qu’on croirait portés par une chorale d’étudiants en médecine sous MDMA. On a droit comme d’habitude aux curiosités habituelles signées Béjar (« Spidyr » et surtout le single « War on the East Coast ») et a une belle ballade (« Hi-Rise ») portée à deux voix avant le final plein de promesses de « You Tell Me Where ». En résumé, un groupe qui nous enthousiasme même quand il déçoit. On ne peut pas en dire autant de toute la concurrence. 

Le goût des autres :