Black Up

Shabazz Palaces

Sub Pop  |  2011
8 / 10
par Jeff  |  le 22 août 2011

A ma gauche, Shabazz Palaces, digne représentant d’un mouvement plutôt à bout de souffle ces derniers temps: le hip hop alternatif. Il y a encore une dizaine d’années, la presse mainstream s’enthousiasmait pour des groupes comme Antipop Consortium et cLOUDDEAD ou les cliques avant-gardistes à la Anticon ou Stones Throw. Et si certains ont réussi à tirer leur épingle du jeu au fil du temps, cela a souvent été au prix de concessions artistiques pas toujours du meilleur goût. Ce qui est certain, c’est que le coefficient « alt hip hop »  de Shabazz Palaces est élevé puisqu’il est l’affaire d’un certain Palaceer Lazar, cousin de ce vieil allumé de Gonjasufi et que certains ont peut-être déjà croisé au sein des vieux briscards Digable Planets sous le nom de Ishmael "Butterfly" Butler. A ma droite, Sub Pop, mythique maison de Seattle connue pour avoir hébergé le meilleur du rock alternatif dans les années 90 et favorisé l’émergence mondiale du grunge. Malheureusement, le label est depuis à la recherche d’un second souffle salvateur, malgré quelques signatures dignes d’intérêt. Forcément, entre un groupe évoluant dans un mouvement en perte de vitesse et un label désireux de renouer avec un passé glorieux, cela ne pouvait que coller.

Projet éminemment énigmatique (histoire de ne pas faire d’amalgame avec Digable Planets et parce qu’un peu de mystère n’a jamais fait de mal à une carrière), Shabazz Palaces est aujourd’hui au cœur d’un buzz intelligemment alimenté par deux EP’s d’une noirceur particulièrement glaçante. Evidemment, la couverture comme le titre de ce premier album ne viennent que renforcer un peu plus encore une atmosphère qui se veut déjà sombre et oppressante à la base. Et clairement, avec Black Up,  Palaceer Lazaro n’est pas venu pour lâcher de la punchline qui fait sourire et pondre des beats qui font bouncer. Noir c’est noir qu’on vous a dit. Dans ce magma finalement très minimaliste, Shabazz Palaces s’impose alors comme une sorte d’anti-Spank Rock, une petite pilule noire qui vous refile un cafard pas possible et vous donne l’impression que le Jugement Dernier n’est plus qu’à quelques beats de là. Imprévisible et anticonformiste, lent et mystique, décomplexé et angoissant. Ce disque est beaucoup de choses à la fois. Mais surtout, Black Up s’affranchit de tous les codes en vigueur pour se muter en à peu près tout ce que le hip hop n’est pas en 2011 – ce qui est plutôt une bonne chose quand celui-ci a un peu trop tendance à s’uniformiser.

Et tandis qu’en cet été pourri, il est impossible de qualifier la dernière hype electro-pop en date de « disque de saison », Black Up mérite exceptionnellement cette appellation, lui qui n’est qu’un lourd nuage menaçant chassé très occasionnellement par des rayons de soleil bien vite remis à leur place par un Palaceer Lazaro très en verve.

Le goût des autres :

note : 66/10Thibaut note : 88/10Julien L note : 99/10Laurent