Black Telephone Of Matter

Mika Vainio

Touch  |  1970
7 / 10
par Simon  |  le 17 octobre 2009

Il y a des soirs où votre oreille réclame de la difficulté, hurle à votre cerveau son désir d’anticonformisme, de lutte sonore et d’avant-garde de haute volée. Et quand cette envie vous noue le ventre jusqu’à imploser, abandonnez la pop, le rock ou le folk pour vous tourner vers le seigneur du son électronique obscur. Mika Vainio est de retour. On pourrait vous refaire pour la énième fois un récital exhaustif de la carrière du Finlandais, vous dire qu’il a côtoyé les plus grands labels de Raster Noton à Säkhö en passant par les références que sont des labels comme Touch ou Editions Mego ; qu’il a collaboré avec Fennesz ou encore que son projet avec Ilpo Väisanen, Pan Sonic, est encore cité chez les jeunes comme une balise inébranlable du son électronique.

Mika est pour beaucoup un seigneur, roi des ombres et des architectures chaotiques, voilà pourquoi l’annonce de son retour avec Black Telephone Of Matter faisait aussitôt l’écho d’un retour certain vers les brumes électroniques et territoires en décomposition. Pas de round d’observation ici, le Finlandais prend au corps son auditeur en décalquant des scènes de dévastations sur un papier d'aluminium froissé. On atteint directement un niveau de froideur élevé, marque de fabrique de notre héros expérimental : pas de jolies mélodies ni d’apitoiements surjoués, Black Telephone Of Matter est aussi chaleureux qu’un quartier dépravé au cœur d’une glaciale nuit d’hiver, là où le crime paie et les ennuis guettent le tout venant. Vous trouverez ici des pans complets d’ambient minimaliste et de murs noisy à vous faire passer Fuck Buttons pour des fillettes en jupon (ce qu’ils sont pour beaucoup d’amateurs de musique noise). Vous y rencontrerez surtout des hologrammes architecturaux forts de leurs agressives injonctions, des parcours hésitant toujours entre le flottant et le tonitruant. Une thèse musicale qui virevolte entre extrême silence et extrême chaos. Alors bien sur, certains tenteront encore de se lever contre ce nouvel essai d’avant-garde, prétextant un manque certain de chaleur humaine à l’ensemble (même l’opéra néo-classique défroqué de « Silencés Traverses De Mondes Et De Anges » ne suffira pas à les contredire). Ceux là auront peut-être l’occasion de remarquer que Mika Vainio à oublié d’écouter le battement de son cœur depuis belle lurette, que son humanité se retrouve dans cette manière unique d’anticiper la création musicale, transformant l’électro-acoustique contemporaine comme une nouvelle religion d’état.

On aurait du s’en douter avec le récent Trahnie, Mika Vainio est bel et bien au sommet de sa forme et nous le prouve une fois de plus en couchant une fois de plus ses noires pensées sur bandes magnétiques. Si un jour, vous vous retrouvez dans la situation décrite en début de chronique, il ne fait aucun doute que Black Telephone Of Matter est le disque à s’envoyer dans les esgourdes, histoire de prendre sans plus de formalités une nouvelle claque signée Vainio. Valeur sûre.