Around The Sun

R.E.M.

Warner Bros  |  2004
8 / 10
par Popop  |  le 17 février 2004

Drôle de pochette que celle de ce treizième album de R.E.M., le troisième depuis le départ de Bill Berry en 1997. Quelque part, le choix ne peut être anodin : trois silhouettes floues, avec en fond ce qui semble être un pont. Floue, l’image du groupe l’est depuis quelques années, partagée entre les tentatives expérimentales de Up, le virage FM de Reveal, le rock primaire des inédits exhumés pour le Best Of de l’an passé, et la prise de position pro-Kerry qui emmène depuis début octobre le trio sur les routes américaines en compagnie du Boss pour sensibiliser les jeunes au vote. Comme ses géniteurs, ce nouvel album ne s’assume d’ailleurs pas vraiment pleinement, tantôt présenté comme fortement politique (ce que viendrait plutôt confirmer l’inclusion de "Final Straw", titre mis en téléchargement sur le site web du groupe l’an dernier, quelques jours avant le lancement de l’assaut en Irak), tantôt éloigné de toute forme d’engagement par les propres dires de Michael Stipe.

Curieusement, le troisième morceau de Around The Sun résume pas mal de choses : aujourd’hui, les anciens monstres du rock des années 90 sont devenus des "Outsiders", ayant presque plus de choses à prouver qu’à leurs débuts. Pourtant, on parle bien de R.E.M., le groupe responsable de disques aussi essentiels que Murmur, Green, Automatic For The People ou New Adventures In Hi Fi. Le groupe qui a signé quelques-uns des classiques des deux décennies passées, de "Losing My Religion" à "Everybody Hurts" en passant par "Man On The Moon", "Radio Free Europe" ou "The One I Love". Le groupe également qui, au sommet de sa gloire, n’a pas hésité à tout remettre en question le temps d’un Monster inégal mais extrême et occasionnellement brillant. Le groupe enfin qui a su dire 'non' à Warner Bros qui militait pour l’inclusion de l’hideux "Shiny Happy People" sur leur best-of de l'année dernière.

Et alors que Reveal sonnait comme une tentative désespérée de reconquérir un très grand public parti au lendemain de Automatic For The People se réfugier dans le giron de MTV, Around The Sun est le disque que l’on attendait vraiment après Up. Ici, pas de rock abrasif, guère plus de ces sonorités chaudes qui faisaient le cœur de son prédecesseur, seulement une douzaine de morceaux amers, doucement portés par des guitares acoustiques et des claviers toujours plus soutenus. Quelques titres semblent bien destinés à favoriser la promo du disque (le premier single "Leaving New York", "Make It All Okay" ou "Aftermath"), mais Michael Stipe, Mike Mills et Peter Buck n’ont jamais caché leur attirance pour les pop-songs parfaites, même calibrées pour le format single. Néanmoins, dans ce premier album post-11 septembre, les américains semblent avant tout désabusés, presque mélancoliques, et avouons-le un peu en décalage avec leur époque, à l’image de cet étrange featuring de Q-Tip - ce qui fait paradoxalement tout le charme de ce disque.

Certes, le non-remplacement de Bill Berry se ressent toujours, surtout via l’utilisation de quelques boîtes à rythmes maladroites, mais la volonté de rester fidèle au noyau originel n’en est que plus touchante. Et si l’on excepte deux ou trois maladresses ("The Ascent Of Man" notamment), ce cru 2004 n’a pas à rougir de la comparaison avec le reste d’une discographie éclectique et exemplaire. Aux dernières nouvelles, le prochain album serait déjà bien avancé et amorcerait un nouveau virage électrique. Espérons qu’un de ces jours R.E.M. trouve le moyen de relier ces deux facettes de sa personnalité, ce pont qui semble timidement se dessiner sur cette pochette blanchâtre…