...And Star Power

Foxygen

Jagjaguwar  |  2014
7 / 10
par Amaury  |  le 2 novembre 2014

And Star Power est littéralement un disque épique : il touche aux éclats des grandes batailles, bruyantes et déchirées. 81 minutes et 35 secondes durant lesquelles tombe un déluge de mortiers dont les longues stridulations annoncent un déferlement de lumière. Entre illumination et destruction, un total de 24 titres pour une guerre que Foxygen reproduit à l’image de ses vétérans, en alimentant un cimetière de ces gloires passées. De nouveau, le jeune bataillon traverse la langueur du présent avec la mélancolie d’un autre siècle.

Toutefois, on ne se trouve plus dans le régime de We Are the 21st Century Ambassadors of Peace & Magic qui concentrait des morceaux carrés, même filtrés par une fureur vagabonde. Si « How Can You Really » livre la touche kitsch de l’album, il se trouve être également le seul tube potentiel. On pourrait presque dire que le reste déploie un seul sillon expérimental, résumé dans l’excellente narration dramatique que constituent les quatre « Star Power ». Aussi, contrairement à son prédécesseur, le disque s’assume totalement et déconstruit les mécanismes de citation pour diffuser une nébuleuse de références : tout s’y trouve et rien n’est strictement marqué. Chez un vieux disquaire, dans les bacs d’occasions poussiéreuses, …And Star Power ne noircirait pas les doigts, bien que ces derniers puent Pink Floyd, les Beatles, Lennon, Dylan, les Who, Van Morrison, et surtout, les homériques Rolling Stones dont l’épopée se pointe moins furibonde, mais tout de même au galop, au trot ou clopin clopant, enivrant de cris une résurrection tant attendue.

Oubliée l’étiquette « à la manière de ». En marche, la folie de mettre des baffes à tout ce qui empêche le passé de revivre. Comme l’artwork l’illustre, une série de médiations ravive le cadavre-rock resté droit dans le placard — pour que la maison pue ! — : une photo d’un ancien cadre balise une photo rétro, apaisée, dans le désordre éclairci d’une chambre-studio. À différents niveaux, donc, plusieurs stratégies encadrent le disque dans une dynamique du roulement, non loin de ce qu’Hendrix a pu faire, sachant qu’une plaque n’a pas de frontière, qu’un sillon n’est pas une courbe fermée, mais un univers. Et les effluves se chargent de tout l’air environnant, la maison pue, mais pue bon. Reste l’amer. Malgré la puissance sublime de ces échappées barbares, une bonne part de l’œuvre n’appelle pas le corps à revivre l’expérience. Et comme après toute guerre, les anciens combattants ont peine à se réinsérer dans la société qui les délaisse, dans leurs souvenirs.

Le goût des autres :

note : 88/10Maxime note : 66/10Jeff