KOCH

Lee Gamble

PAN  |  2014
8 / 10
par Simon  |  le 17 septembre 2014

Pour suivre l’évolution de PAN depuis ses débuts, on peut dire que le label évolue (très) vite et (très) bien. On ne refera pas l’histoire – nos news et chroniques parlent pour nous – mais on se délecte de voir à quel point la structure allemande gagne en popularité tout en prolongeant ses idées plus ou moins expérimentales. D’un Valerio Tricoli à un Helm, en passant par Keith Fullerton Whitman ou Bass Clef, rien ne permet d’appréhender véritablement les lignes qui définissent cet élève modèle. Et ce nouvel album de Lee Gamble devrait encore un peu plus élargir le spectre des interrogations. Et, soyons expéditifs, c’est finalement le cas puisque KOCH figure parmi les trucs les plus burnés que la musique électronique qui se respecte un peu a pu nous envoyer à la figure cette année.

En même temps, on l’avait vu venir avec son Kuang EP sorti le mois dernier : énorme décharge qui pouvait sautiller entre douze minutes d’ambient spatiale et des tracks hérités du dub d’anciens et de techno indus. Une distanciation par rapport à ses travaux axés rave et jungle et compilés sur le Diversions 1994-1996 sorti il y a deux ans, pour une exploration plus transgenre et furieusement dans l’air du temps. Un mélange pondéré de techno massive, d’électro-acoustique et d’ambient qui choisit de faire cohabiter ses influences plus ou moins fort. Comme une nuit gelante de décembre où tu te retrouverais dans le club à te faire refaire le tour d’oreille avec Autechre, Surgeon et Actress sur la même scène. Un disque long et fouillé, qui choisit sa progression de manière bordélique, pour qui la nappe n’est jamais la soumise de la percussion, et dont l’épanouissement vient de tous les côtés à la fois. Un disque qui travaille toutes les pistes et qui se distancie du sujet sans perdre un gramme de matérialité. Qu’on soit sur des plages d’éther, de la manipulation de MAX/MSP (certains titres étant des hommages à peine cachés au Confield d’Autechre) ou sur de la grosse percussion techno, KOCH surprend toujours par son sens de la confrontation, son funambulisme permanent entre écoute domestique rigoureuse et expérience éhontée de club.

KOCH est un disque massif, au grain vivifiant, qui propose une nouvelle version de la transgression techno expérimentale. Un album Special K (des formes et zéro complexe, quoi) qui devrait passer sans problème l’épreuve du temps, avec peut être une place parmi les meilleures choses entendues dans le champ électronique cette année. Très propre.

Le goût des autres :