Forma II

Valerio Tricoli/Thomas Ankersmit

PAN  |  2011
8 / 10
par Simon  |  le 8 décembre 2011

En dehors de nos trop rares dossiers Off The Radar, on a peu parlé de l’actualité des musiques électro-acoustiques. Un blasphème pour ce qui reste le genre expérimental le plus pur et le plus risqué des arts électroniques, et qui, d’autre part, nous abreuve sans arrêt de sorties de qualité. Alors forcément si on doit aujourd’hui vous présenter une œuvre du genre, on réservera notre estocade pour une plaque de qualité supérieure. Que dis-je, une pièce en cinq mouvements absolument vitale – et on tempère encore nos propos vu que l’œuvre est sortie en début d’année. Pas d’empressement dans la présentation, on a trop écouté Forma II pour vous dépeindre le tableau à la va-vite, on a trop fait le tour de ses multiples contours pour que vous ne nous sentiez pas absolument sincères. Ce disque c’est l’histoire d’un artiste et d’un label, tous deux confirmant tout les espoirs qu’on avait placé en eux.

PAN tout d’abord, jeune label berlinois qui en moins de vingt références a su devenir un des cadres de la scène électro-acoustique, qui en a dynamisé l’approche tout en renforçant ses racines traditionalistes. Un label de luxe, véritablement, tant dans l’image qu’il renvoie que dans la pureté musicale qu’il véhicule. La recette consiste dans  l’exigence stalinienne de la sélection : qu’ils soient des vétérans unanimement respectés (Ghédalia Tazartès, Peter Rehberg,  Florian Hecker ou Keith Fullerton Whitman) ou des cracks plus anonymes (Heat Sick, James Hoff, Frieder Butzmann, …), tous sont réunis dans l’extrême qualité de leur travail. Un contrôle rigoureux qui a l’avantage de mettre tous ses pensionnaires sur un même pied d’égalité : PAN offre des œuvres millésimées, toujours.

Et puis un homme ensuite. Thomas Ankersmit, qu’on avait pu découvrir sur l’immense Live In Utrecht, hébergé par une filiale de Touch. Son doigté dans ce qu’on avait appelé à l’époque le « drone 2.0 » nous avait tout simplement  mis à terre. Qu’on  aborde son grain ou sa précision, tout nous laissait penser que l’Allemand et son saxophone faisaient déjà partie des grands – et ce, même si c’était sa première sortie officielle (en dépit de collaborations prestigieuses). Cette fois c’est sous le mode de la collaboration que Thomas Ankersmit réapparait, en compagnie de l’Italien Valerio Tricoli. Autant dire qu’avec autant d’éléments réunis, Forma II ne pouvait être qu’un grand disque.

Une heure d’articulations qui interpelle par la précision chirurgicale de ses déplacements et la rigueur sonore son ensemble. Et même si les codes de la musique électro-acoustique peuvent rapidement aboutir à des disques excellents quoique fonctionnels, on se doit de souligner ici la manière avec laquelle l’instinct refuse de laisser sa place aux manipulations strictement académiques. Cinq mouvements en forme de brouillards d’ions instables, à la stridence mouvante. Forma II est imposant dans sa manière de nuancer une musique furieusement tonale à coup de ruptures et de décalages. Une œuvre de professionnels accomplis, qui redonne un coup de fouet à la poésie des matériaux, qui embarque la musique signalétique et analogique sans tomber dans l’écueil de la musique (trop) ésotérique. Probablement l’un des disques les plus aboutis de l’année.