Perry Blake

cuisiné par Popop le 30 mars 2009 | publié le 5 avril 2009

Si la carrière de Perry Blake a commencé sur des chapeaux de roue avec un premier album éponyme remarquable et remarqué, on ne peut pas dire que la suite des événements fut aussi favorable au songwriter irlandais. Quelques albums plus tard (dont le toujours excellent Songs For Someone en 2004), ce fut la séparation avec le label Naïve et le début de la traversée du désert. Ses deux derniers disques sont d’ailleurs passés complètement inaperçus, à tel point que le dernier en date – Canyon Songs en 2007 – ne fut même pas distribué en Europe.

Qu’à cela ne tienne, le disque va bientôt renaître de ses cendres dans une nouvelle version plus en phase avec les ambitions de son auteur. Car malgré une discrétion qui tient autant au caractère du personnage qu’à sa carrière stagnante, 2009 pourrait bien être l’année du grand retour de Perry Blake. En tout cas, ce dernier multiplie les projets, musicaux et autres, et devrait même repartir sur les routes européennes pour sa première tournée depuis des lustres.

Très rare dans les médias, trop rare sur scène, Perry Blake a accepté de donner l’un de ses rares entretiens à Goûte Mes Disques. Et le moins que l’on puisse, c’est que la langue de bois n’est pas son truc !

GMD : On ne t’a pas trop vu ni entendu depuis la sortie de Canyon Songs. En fait, tu sembles être de plus en plus discret depuis Songs For Someone et le split avec le label Naïve. Que s’est-il passé ?

Perry : Sans rentrer dans les détails parce que ce serait beaucoup trop long, ma collaboration avec Naïve n’a été qu’une longue et douloureuse expérience dont j’ai détesté chaque jour. Disons que leur nom (NDLR : « naïf » en français) est particulièrement bien approprié avec le recul. Je pense qu’ils ont purement et simplement brisé ma carrière : au lieu de me pousser en avant, ils m’ont coupé les ailes et m’ont fait détester le boulot que j’aimais faire.
C’est pour cette raison que j’ai claqué la porte en 2004 et que j’ai créé mon propre label, Orchard Media. Je suis désormais mon propre patron, je suis le propriétaire de mes enregistrements et je peux contrôler l’ensemble de mon travail, y compris les vidéos et la promotion. C’est beaucoup mieux comme ça.

GMD : Canyon Songs est paru en catimini en 2007 mais va être réédité dans quelques temps avec de nouveaux morceaux, de nouveaux titres et même un nouvel artwork. Tu n’aimais pas la première version ou bien pensais-tu que les morceaux méritaient d’être distribués à plus grande échelle ?

Perry : Canyon Songs n’est sorti qu’en édition limitée sur Internet et n’est plus disponible à l’heure actuelle. Pour être tout à fait honnête, je n’étais pas satisfait du résultat final : j’ai donc gardé les meilleurs morceaux, retiré trois chansons et rajouté quatre nouvelles compositions que je trouve bien meilleures. Avec un nouveau titre (NDLR : Folks Don’t Know Perry Blake que l’on pourrait traduire par les gens ne connaissent pas Perry Blake) et un nouvel artwork, le disque sera bien meilleur que Canyon Songs. Cela fait un an que je travaille dessus et c’est très excitant car le résultat est vraiment différent de ce que j’ai pu faire auparavant. Après autant d’années, c’est important de continuer à se lancer des défis et de ne pas se contenter d’enregistrer le même album encore et encore.

GMD : Pour être tout à fait honnête, autant j’aime beaucoup l’album d’origine, autant j’ai toujours trouvé la pochette particulièrement affreuse… Qu’est-ce que c’était que ce délire ?

Perry : Ah, c’est vrai que l’artwork était vraiment mauvais ! Je voulais rendre hommage à l’univers du spaghetti western mais visiblement, ça n’a pas marché. Promis, la nouvelle version aura un design vraiment beau !

GMD : Sur quels autres projets travailles-tu actuellement ?

Perry : Je suis actuellement à l'œuvre sur un best-of acoustique de mes propres morceaux à paraître dans l’année. Je vais enregistrer de nouvelles versions de certaines de mes chansons comme "The Hunchback of San Francisco", probablement "Still Lives" et "Songs For Someone" aussi. Il y aura les titres les plus connus, certains plus obscurs, et sans doute aussi un ou deux nouveaux morceaux. Mais je ne me suis pas encore décidé sur la tracklist définitive, donc j’ai demandé aux gens de faire des suggestions sur mon forum. Tout ce que je peux dire aujourd’hui c’est que le disque s’appellera Castles In The Sky et que je suis très excité par ce projet.

GMD : On parle d’une sortie seulement au format numérique...

Perry : Effectivement dans un premier temps, Castles In The Sky ne sera disponible qu’en téléchargement. Après, si j’arrive à trouver un label intéressé par le projet, il n’est pas impossible qu’il y ait une sortie physique mais c’est beaucoup trop tôt pour en parler ! Et je préfère donner la priorité au nouvel album en matière de promo…

GMD : Y a-t-il une chance pour que le morceau "Wood For The Trees" apparaisse sur l’un de ces deux albums ? Tu le jouais régulièrement en concert à l’époque de Songs For Someone et je sais que pas mal de fans aimeraient entendre une version studio de ce titre…

Perry : Ah, désolé, mais ce titre ne fait pas partie des morceaux sélectionnés pour Folks Don’t Know mais il n’est pas impossible qu’il fasse une apparition soit en titre bonus, soit en face-B d’un potentiel single. En tout cas, que les fans se rassurent, je n’ai pas oublié cette chanson…

GMD : On ne peut pas dire que tu sois un grand fan des tournées. Pour chaque album, tu te contentes d’une poignée de concerts intimistes, en configuration acoustique essentiellement. Les concerts sont-ils un vrai plaisir pour toi ou plutôt une simple contrainte promotionnelle ?

Perry : Pour le côté intimiste et acoustique, disons que mon niveau de succès (ou de non-succès, ça dépend si on voit le verre à moitié vide ou à moitié plein) ne me permet pas d’emmener tout un groupe en tournée. Mais je ne désespère pas de rencontrer un jour le succès et de pouvoir enfin faire une vraie tournée avec plein de musiciens – mais à ce moment, j’aurai sans doute l’âge de Leonard Cohen et je me produirai en fauteuil roulant !
Mais j’aime vraiment être sur scène, je suis d’ailleurs très impatient de repartir en tournée européenne dans les mois qui viennent. Comme tu peux t’en douter, ce sera une fois de plus des concerts très intimes et très acoustiques puisque je me produirai en duo avec Hanneke Laura, une musicienne néerlandaise qui joue de la guitare et du piano avec moi.

GMD : Tu travailles actuellement sur un show télévisé intitulé « The Bakers Dozen ». Peux-tu nous en dire plus ?

Perry : The Bakers Dozen (NDLR : « La douzaine de boulangers ») est une comédie que j’ai écrit à l’origine avec Glenn Garrett. Le programme est actuellement en cours de développement, sous la supervision de Sid Rainey, qui est à la fois cartooniste et réalisateur. Mais c’est un projet de longue haleine qui ne sera peut-être pas à l’écran avant un bon bout de temps, alors je ne voudrais pas trop vous faire saliver… Disons juste que c’est très sombre… et très drôle !

GMD : Tu vas diriger des ateliers d’écriture musicale en Irlande… C’est une démarche plutôt originale. Tu as envie de donner des conseils aux jeunes musiciens qui voudraient se lancer dans une carrière ?

Perry : Logiquement, les ateliers devraient avoir lieu cet été s’il y a assez d’inscrits. L’idée est de partager des expériences mais pas vraiment de donner des conseils aux jeunes car ils sont sans doute beaucoup plus sages que moi ! Un jour, quelqu’un a dit à Charlie Chaplin dans les années 60 : « Charlie, tu ne cesses de t’améliorer avec le temps », ce à quoi Chaplin a répondu : « Non, je vieillis, et je commence à être à court d’erreurs ». Si au moins je peux partager mes erreurs en plus de quelques conseils musicaux, ce sera déjà bien…

GMD : Tu es plutôt populaire en France et en Belgique. Tu as chanté avec de nombreuses chanteuses francophones (Françoise Hardy, Émilie Simon, Helena Noguera), enregistré ton album live Broken Statues au Cirque Royal de Bruxelles pendant les célèbres Nuits Botanique... Quelles relations entretiens-tu avec ces deux pays ?

Perry : J’adore la France et la Belgique, j’y ai vécu beaucoup de belles expériences et j’ai gardé de nombreux bons amis. J’ai d’ailleurs enregistré la majeure partie de l’album California en Flandres… Quant à la France, c’est le premier pays où j’ai rencontré le succès (NDLR : avec son premier album éponyme paru en 1998 et plébiscité par la critique ‘indé’, de Magic ! aux Inrocks). Le public y est particulièrement réceptif et c’est pour moi le plus beau des compliments. Je serai d’ailleurs de retour dans les deux pays cette année pour quelques concerts !

GMD : Une dernière question pour l’un de nos rédacteurs, autoproclamé 'plus grand fan d’Émilie Simon au monde'... Comment s’est passée votre collaboration sur "Graines d’Étoiles" en 2003 ?  Vous êtes toujours en contact ?

Perry : Travailler avec Émilie était un véritable plaisir : c’est une fille très talentueuse mais également très professionnelle, et qui a su garder les pieds sur terre quand le succès est arrivé. J’adorerais travailler à nouveau avec elle mais je dois avouer que je n’ai pas eu de ses nouvelles depuis un moment. De toute façon, les coordonnées que j’ai ne doivent plus être les bonnes, elle doit être sans cesse obligée d’en changer avec tous ces fans ultra-zélés ! Mais je suis sûr qu’un jour nous aurons l’occasion de nous recroiser autour d’un verre de vin et qui sait, peut-être travaillerons-nous à nouveau ensemble ?

Un grand merci à Perry Blake pour sa disponibilité et à Kieran Gorman pour nous avoir permis de réaliser cette interview.

 

http://www.perryblake.com/