Vulvet Underground a un objectif simple : mettre sous les projecteurs ces femmes dont on aurait certainement dû vous parler plus tôt, mais qu’il est encore temps de vous présenter avant qu’elles ne quittent la seconde division.

Meskerem Mees

En regardant la carte rapidement, on y voit un seul pays. Mais en zoomant bien, il y a cette fine ligne qui dessine une frontière. On peut prétendre qu'elle n'existe pas, que la Belgique est unie (et c'est vrai pour de nombreux aspects) mais d'un point de vue culturel et plus particulièrement musical, la frontière linguistique belge semble dessiner une Belgique à deux visages. Cette absurde réalité impacte directement les artistes qui ne pensent pas leur création en terme de frontières mais se retrouvent vite coincés dans un système de diffusion avec une langue qui n'est pas celle de l'autre moitié du pays. Bien entendu, le problème n'est pas nouveau mais il est d'autant plus désolant lorsqu'il prive le public de découvertes telle que Meskerem Mees. Comment expliquer que la folk douce et captivante de Meskerem Mees séduise le nord de la Belgique, qu'elle soit promue par la BBC lorsqu'elle se produit à au festival Eurosonic, alors que la moitié sud du pays ignore tout bonnement son existence ? Heureusement pour nous, Internet a depuis longtemps supprimé les frontières. Il y a quelque chose d'apaisant dans la musique de Mees. Une ambiance acoustique fragile, intelligemment balancée entre la mélancolie et le fraicheur. Rapidement, on est captivé par la voix pure et calme de la chanteuse, les arrangements guitare/violoncelle dessinent des paysages loin de ceux du plat pays. Il suffit de se plonger dans "Joe" ou "Season Shift", issu de son premier album Julius, pour se rendre compte de la profondeur du songwriting de Meskerem Mees et de la justesse de sa folk. (Quentin)

Surfbort

Avec deux vétérans de la scène punk texane flirtant avec la cinquantaine, une frontwoman assez peu intéressée par les standards de beauté parasitant Instagram et un nom pioché au hasard dans le répertoire de Beyoncé, Surfbort n’avait pas nécessairement planifié de devenir « cool ». Mais à force de s’agiter, la troupe a fini par attirer l’attention de Julian Casablancas (pour le coup, l’incarnation du « cool » quand tu patauges dans les petites salles new-yorkaises) qui les signera sur son label Cult Records où ils sortiront leur EP Friendship Music en 2018. Depuis lors, Dani Miller (notre crapahuteuse en chef) est devenue une égérie Gucci, le groupe s’est acoquiné avec Debbie Harry, s’est fait épaulé par Linda Perry pour poser les bases de leur premier album (Keep On Truckin’, disponible depuis quelques semaines) et a reçu la visite de Fred Armisen sur le tournage du clip « FML ». Bref, tout va bien pour eux. Si Dani partage avec Amy Taylor (de Amyl & The Sniffers) une affection particulière pour les rentre-dedans de moins de 3 minutes, ses intentions se positionnent davantage du côté festif du punk-à-bière. En proie à une santé mentale fragile, Miller s’évertue à voir le verre à moitié plein et à propager son optimisme telle une MST sur la plaine de Woodstock. Morale de l’histoire : si tu penses que ta vie pue et que tout espoir est perdu, accroche-toi à la chenille et termine ta course au milieu du moshpit où tu seras accueilli à bras ouverts. (Gwen)

Ta-Ra

Dans une dimension parallèle, on peut imaginer le nom de Ta-Ra placardé dans les rues de Londres pour la sortie de son nouveau projet, son tube « Firebird » passant en boucle sur les bandes FM, et la BBC l'intronisant comme la nouvelle diva british du R'n'B. Jorja Smith en sueurs. Manque de pot, Ta-Ra est née de ce côté de la Manche et les stars du R'n'b n'ont toujours pas trouvé la place qui leur est due dans les charts, hormis l'immanquable Aya Nakamura. En faisant le choix de la langue de Shakespeare, et de productions futuristes infusées au grime et à la bass music, il est certain que la jeune prodige originaire de Bondy ne se facilite pas la tâche. Une discrétion qui apparait d'autant plus incompréhensible quand on lance STARFLOW, nouvel album de Ta-Ra. Que ce soit par la richesse des instrus allant du club banger (« $ta », « Firebird ») à des ambiances plus feutrées (« Intelligent infinite Being », « Windcastle »), des productions propres comme un gazon anglais et sa voix cristalline - qui n'est pas sans rappeler celle de Lolo Zouai -, Ta-Ra coche toutes les cases pour faire un carton hors de nos frontières. Gageons que tous ces efforts seront prochainement récompensés et que l'international lui ouvrira grand les portes du succès, car comme le dit l'adage « nul n'est prophète en son pays ». See you soon Ta-Ra. (Bastien)

Gustaf

Si vous cherchez encore le son qui vous tiendra chaud tout au long de cet hiver, voici venu le moment de vous pousser gentiment mais fermement dans les bras de Gustaf. En fait, non… on vous l’ordonne. Formé à l’arrache sur la route qui menaient une poignée de ses futurs membres au festival de SXSW en mars 2018, le groupe a survécu au bordel improvisé de leur premier show pour, petit à petit, se forger une solide réputation live qui lui vaudra d’être encensé par Beck avant d’être enrôlé en première partie des tournées de Tropical Fuck Storm et IDLES. En même temps, comment ne pas succomber à l’abattage de Lydia (chant), Tine (basse), Melissa (batterie), Vram (guitare) et Tarra (percussions) ? De ESG aux Slits, des Talking Heads aux B52’s avec un rapide crochet par Television, leur premier album, Audio Drag for Ego Slobs, ratisse la fine fleur du punk qui fait danser tout en évitant de se vautrer dans la contrefaçon frelatée. Oubliez les cocktails d’anticorps monoclonaux, Gustaf est notre traitement de préférence contre la quatrième, cinquième et sixième vague. (Gwen)

Alice Longyu Gao

Si vous kiffez les excentricités de 100 gecs, la musique d'Alice Longyu Gao pourrait bien vous intéresser. Née en 1994 en Chine, c’est plutôt vers le Japon et les States que cette fan de Sailor Moon puise ses plus grandes sources d’inspirations. L’influence nippone se révèle dans l’esthétique kawaii de ses clips, ses multiples clins d’œil à la J-Pop, et bien sûr son obsession pour Harajuku, le quartier fashion et branché de Tokyo. Quant à l’influence ricaine, celle-ci se remarque dans les sonorités hyperpop, punk et glitchcore de ses morceaux. Alors qu’elle mariait jusqu’alors ses deux passions pour la mode et la musique en assurant le rôle de DJ pendant des défilés de mode, elle décide en 2016 de produire et interpréter ses propres sons sur Soundcloud, avant de sortir de véritables singles à partir de 2018. Sorti en 2019, son morceau « Rich Bitch Juice » va lui faire gagner en visibilité : elle est encensée par Lady Gaga et profite de cette exposition pour prévoir l’année suivante la sortie de son premier EP Juice et le début de sa première tournée aux côtés de Cupcakke, Zebra Katz et Dorian Electra. Malheureusement, une pandémie est passée par là et a fait échouer tous ces projets. Mais ces quarantaines forcées lui auront au moins permis de revenir plus punk que jamais avec ses singles « She Abunai » et « Underrated Popstar» où elle déploie une énergie queer et résiliente, tout en gardant son goût pour l’humour absurde avec des paroles comme « My name on your lips like liquor lipstick » sur son single « Kanpai » issu de son nouvel EP High Dragon and Universe. (Ludo)