RE-201

Molécule

Mille Feuilles – 2023
par Adrien , le 8 novembre 2023
8

Lorsqu’à sa sortie en 2022 on vous disait tout le bien que l’on pensait de Tévennec, on estimait que malgré son côté confidentiel, l’album enregistré dans un phare breton occupait une place importante dans la discographie de Molécule. Le disque semblait en effet clore un chapitre dans les intentions du producteur nomade, qui travaillait alors sur RE-201, son premier album studio, avec l’intention de « ramener la danse et l’esprit de la fête au premier plan ». Molécule, enflammer les dancefloors ? Et pourquoi pas.

Après tout, on savait le Français adepte des lives à l’ADN techno et capable de produire des bangers solaires depuis Nazaré. Les deux titres dévoilés en amont de la sortie de l’album (« Music » et « Creation ») annonçaient également sa couleur. Ou plutôt ses couleurs : vert, jaune et rouge, celles du drapeau jamaïcain.

En juin 2022, le producteur a en effet passé deux semaines à Kingston pour y enregistrer des sons d’ambiances, mais surtout les voix éraillées de poids lourds du reggae (Johnny Clarke, Cédric Myton et Jah Thomas, pour ne citer qu’eux). Ces captations imprègnent les dix pistes de RE-201 qui, bien que produit en studio, n’en demeure donc pas moins parcouru d’enregistrements in situ, la signature de Molécule depuis 60°43' Nord.

Encore un peu et on croirait le globe-trotter revenu à son premier amour, le dub, une facette de sa musique qu’on avait presque oubliée. Mais l’époque de Besides et des featurings avec Féfé est déjà loin et les liens avec le reggae s’arrêtent là : sur la durée, RE-201 a tout d’un album de house et de french-touch et convoque d’ailleurs là aussi des pointures du genre, dont Boombass, Étienne de Crécy et Dj Falcon sur trois titres co-produits.

Et ça fonctionne : de toutes ces rencontres humaines et musicales émerge un album plus frontal, riche en grooves solides (et même très solides sur « Love » et « Flex »), qui s'écoute d’une traite, les pieds dans le sable chaud. Dansant, percutant et entièrement spatialisé (le diable, les détails), RE-201 parvient à trancher avec les précédents albums de Molécule tout en s’inscrivant de manière cohérente dans une discographie construite sur le partage, l’expérimentation et le voyage. 

Prochain rendez-vous en 2024, avec une œuvre symphonique composée par Molécule pour l’Orchestre National de Lille. Sortir de sa zone de confort, un challenge pour les uns, un mode de vie pour les autres.