From Outer Spheres... Death

Temple of Abandonment

Auto-production  |  2016
9 / 10
par Simon  |  le 29 avril 2016

L’avantage de cette chronique est qu’elle n’a pas à s’embarasser d’une quelconque introduction dans la mesure où on ne sait rien de Temple of Abandonment, excepté que le groupe nous vient de Vancouver et qu’il s’agit là de leur première demo. Comme on est des chics types, par contre, on rend hommage à Sean Revenor, co-fondateur de l’excellentissime webzine Cvlt Nation, à qui on doit cette découverte. Pas difficile quand on connait son amour du digging et sa culture délicieusement underground. Il aura suffi d’un seul concert de la formation (et l’envie irrépressible de vider le merchandising après leur performance) pour que l’Américain lâche ses dithyrambes comme une groupie fiévreuse : « Temple of Abandonment are not one of my favorite Vancouver bands; simply put, they are now one of my favorite bands, period. This is the kind of Funeral Doom that makes you happy to be alive! »

On parle de funeral doom – en même temps, avec un mec pendu sur la pochette tu te doutais bien qu’il ne s’agissait pas du dernier Moderat – donc on parle inévitablement de lenteur, de tristesse abyssale et de noirceur non feinte. Un programme vieux comme le monde mais qui marche à plein tube pour autant qu’il soit défendu avec le sérieux et le darkness suffisants. Et, disons le tout de suite, ce From Outer Spheres… Death impressionne partout et tout le temps, surtout quand on sait qu’il s’agit ici d’un premier projet. Il ne faudrait pourtant pas s’y tromper, ici première demo ne signifie en rien qu’on a droit à un jeu approximatif ou à des idées qui se mettraient difficilement en place. Au contraire, toutes les qualités d’un premier disque se retrouvent dans ce titre unique de trente-deux minutes : de l’urgence, de la liberté et surtout une formation qui épuise véritablement la matière, qui purge toutes ses idées avec force jusqu’à ce qu’il ne reste plus de contenu dans le contenant.

Le thème principal est simple, voire simpliste, quelques accords clairs sortis de la brume, joués de manière hypnotique pendant de très longues minutes. On se demande souvent où le titre choisit de se rendre, puis arrive des râles profondément death, du chant clair qui pleure à la lune et puis des cathédrales de son simple. L’ensemble tournoie sans cesse autour de ce thème lancinant, avec toute la grassitude nécessaire y revient, s’en détourne avec violence, s’épuise mais résiste jusqu’à un final de dix minutes absolument vivifiant (malgré la tournure du propos). Le disque (ou plutôt la K7) s’arrête, il ne reste plus rien, le thème est toujours là mais seulement dans les têtes, maintenant sûrs qu’on tient là un vrai grand moment d’implication et d’impressionnisme. Un coup d’éclat qui vient jouer les prétendants pour une place tout en haut de notre top metal de fin d’année, et qui va rapidement nous faire oublier la sortie du dernier Lycus dans la catégorie funeral doom triste, torturé mais quasiment romantique. Un bien joli pépito, sorti de nulle part.