Who Else

Modeselektor

Monkeytown  |  2019
7 / 10
par Jeff  |  le 20 février 2019

Si pour certains la piraterie n’est jamais finie, dans le cas de Modeselektor, c’est la zouletterie qui subit un coup d’arrêt avec la sortie de Who Else, nouveau projet d’une grosse demi-heure à peine - par rapport aux habituelles livraisons du duo, c’est fort léger. Mais comment ne pas voir dans la démarche un volonté évidente de signifier au monde entier que l’aventure Moderat, c’est fini (pour le moment). Et comment ne pas s’en réjouir : si le projet a longtemps su satisfaire les envies de ses protagonistes , III était un peu trop vampirisé par un Apparat extrêmement doué pour coucher sa sensibilité pop sur un tapis d’electronica tirée au cordeau, un peu moins pour briser des nuques et retourner des clubs. Les clubs, Gernot Bronsert et Sebastian Szary n’ont d’ailleurs jamais arrêté d'y traîner leurs guêtres, et de s’y produire pour prendre le pouls de la scène. Mais c’était pour y balancer les bombes des autres, pas les leurs. 

Comme libéré du poids de la contrainte, Modeselektor lâche complètement la bride sur un disque qui ressemble moins à un album construit qu’à un EP que nos deux cocos auraient pu sortir sur 50Weapons, le label orienté club qu’ils ont décidé de fermer en 2015. Si sur album le duo a toujours su faire preuve d’une intelligence qui fait défaut à nombre de producteurs électroniques incapables de structurer leur pensée, Who Else fait pâle figure dans sa discographie, du moins si l’on évalue le disque à l’aune de sa seule cohérence - c’est simple, il n’en a pas une once. Par contre si l’on prend le temps de juger individuellement les éléments qui le constituent, c’est un nouveau carton plein pour le duo berlinois, qui fait turbiner les BPM et tourner les têtes : « I Am Your God » est une hommage assumé à une culture rave dont les deux producteurs ont toujours revendiqué l’influence, « Who » permet au freak estonien Tommy Cash d'esquisser des volutes flirtant avec le dub, tandis que le banger « WMF » aurait tout à fait eu sa place sur le dernier album de Martyn pour Ostgut Ton. 

Malgré son côté décousu, Who Else reste un disque à la gloire de la formidable intelligence de Modeselektor. D’abord celle de viser invariablement dans le mille quand il s’agit de se choisir des collaborateurs - on a évoqué le cas Tommy Cash un peu plus haut, mais on en place également une pour l’étoile montante du grime, Flohio, qui brille sur le grower « Wealth ». Ensuite celle d’être toujours là où on ne les attend pas, sans pour autant jouer la carte du contre-pied total. Et enfin celle d’encore prôner après toutes ces années les vertus du grand écart entre underground et mainstream - depuis Monkeytown, Modeselektor flirte avec ce dernier, et on doit bien avouer qu’on verrait bien les deux teutons s’essayer à produire pour une Lorde ou une Charli XCX. En attendant de les voir exceller sur ce terrain savonneux au possible, Who Else ne prend aucune pincette et siffle la fin de la recréation pour la concurrence - encore faut-il qu’elle existe?