These Days

Ab-Soul

Top Dawg Ent  |  2014
5 / 10
par Aurélien  |  le 30 juillet 2014

Et si finalement, l'erreur d'Ab-Soul était d'avoir multiplié les featurings au point de ne baser la réussite de son album que sur l'épaisseur de son carnet d'adresses ? La question mérite d'être posée tant, depuis le succès mérité de son très bon Control System, le MC de Compton - et sosie officiel d'Eazy-E - est apparu sur toutes les mixtapes et albums ayant secoué le cocotier du rap. Là où le bât blesse, c'est que si l'on ne manque pas une seule occasion d'entendre les compères de la clique Black Hippy se fendre d'un verse chez les copains, 'Soul-Ho' n'a pas la spontanéité, le charisme ou le flow de ses coreligionnaires. Il a de la profondeur certes, un goût prononcé pour les productions synthétiques aussi et, il faut l'admettre, un talent certain pour apporter une couleur psychédélique à ses albums (soit autant de raisons de croire que These Days a les arguments pour exister en marge des cartons des Kendrick Lamar et autres ScHoolboy Q). Mais...

Car sur le papier, tout laisse à penser que la balance penche dans le mauvais sens: avec le temps, on a appris à connaître les associations qui font qu'avec notre homme, ça marche du tonnerre ou ça sombre plus bas que Terre. Au rayon des retrouvailles sympathiques, citons les apparitions de Mac Miller ou Danny Brown – il faut dire que leurs précédentes embrassades avaient fait de sacrées étincelles – ainsi que les plaisants caméo d'Action Bronson ou Earl Sweatshirt, dont la présence ici ne nous inspire rien d'autre que de l'amour. Cet amour, il est moins fusionnel quand on voit que des Rick Ross ou des Lupe Fiasco tentent de se tailler la part du lion avec des de présence sans grand intérêt. Partant de là, difficile de contredire nos prévisions. Surtout que cette troisième plaque oublie très vite de faire preuve de retenue: seul le plus guerrier des auditeurs viendra à bout des une heure quinze de musique de These Days. Les autres prendront le soin de soigneusement charcuter dans le tracklisting. Ce qui pose vite un problème de narration et de relief.

Pourtant, ce n'est pas faute de nous mettre une bosse dans le pantalon à intervalles irréguliers: sur les pistes où Ab-Soul se retrouve seul sur un beat de DJ Dahi ou Dave Free, le mec ne doit pas trop forcer son talent pour nous rappeler au bon souvenir de Bone Thugs-N-Harmony. En même temps, on trouve dans cette poignée de titres une vibe 90's très forte, avec de jolis chants et ce côté pimp qui colle à la peau. Quel dommage qu'elles soient planquées derrière un tas de pistes sans intérêt ou simplement impersonnelles – notons à cet effet l'immonde beat ratchet "Twact" ou la participation de Purity Ring qui ne fait pas oublier que leur collaboration avec Danny Brown était autrement plus recommandable.

A l'arrivée, These Days jongle entre le sur mesure et la surenchère sur un album exagérément long. Mais si l'on est assez courageux pour faire son marché, These Days peut trouver un second souffle salvateur. Par contre pour celui qui comptait sur son chef d'orchestre pour organiser la sauterie, il pourra toujours se gratter et se repasser Control System en espérant une prochaine fournée plus inspirée. Reste qu'avec toute cette vague de projets pas bien bandants (coucou SZA et Isaiah Rashad) ça commence à sacrément sentir le sapin chez TDE... Dis, c'est quand que tu reviens Kendrick ?