The Big Machine

Emilie Simon

Barclay  |  2009
10 / 10
par Splinter  |  le 7 octobre 2009

A trente ans passés, forte de ses nombreuses récompenses françaises, dont trois Victoires de la Musique en trois albums, Emilie Simon a décidé de changer d'air et de se confronter à un environnement peut-être un peu moins favorable, moins douillet, histoire de voir ce qu'elle avait vraiment dans le ventre. Expatriée à New York, elle a été contrainte de s'acclimater à la Grosse Pomme et, en conséquence, de repenser son processus créatif. C'est ainsi qu'elle a décidé, dans un premier temps, de mettre de côté les ordinateurs et les machines pour se concentrer sur le piano. De là sont nées de nouvelles chansons qu'elle a expérimentées sur scène, dans de petites salles new-yorkaises, face à un public, disons, moins avenant qu'en France et en tout cas sans a priori, qu'elle a habillées, dans un second temps, des atours électroniques qu'on lui connaît. De cette expérience citadine américaine, la jolie Montpelliéraine, qui a tourné le dos à sa période végétale, a donné naissance à The Big Machine, nouvel album évidemment très attendu, chanté quasi exclusivement en anglais.

Depuis 2003 et son premier album éponyme, Emilie Simon a acquis un véritable statut de ce côté de l'Atlantique. La petite fée de l'electro à la française est devenue reine en son pays, au point de faire la une des magazines, y compris de la presse consacrée à l'actualité des gens célèbres. Et les médias dans leur ensemble, pour parler de ce nouvel album de la brunette, n'auront eu qu'un nom à la bouche : Kate Bush. Il est vrai que certains titres de ce disque font sérieusement penser à la chanteuse britaninque ("Rainbow", "Dreamland"), qu'Emilie Simon a toujours citée comme modèle et qu'elle a d'ailleurs souvent reprise sur scène. Mais, quoi, la Française n'est pas la première à s'inspirer de Kate Bush et, de toute façon, Emilie Simon possède un tel univers, une telle personnalité, qu'elle a parfaitement digéré les codes et les gimmicks bushiens pour créer un nouveau disque qui lui ressemble totalement.

La véritable nouveauté de cet album, c'est la liberté gagnée par la Montpelliéraine au contact de New York. D'une part, la brune y chante comme jamais. Sa voix, jadis posée et discrète ("Désert", "Il Pleut"...), est dorénavant totalement déchaînée. Ainsi, sur "Nothing to Do With You", Emilie Simon n'hésite pas à monter très haut dans les aigus, à jouer avec sa voix, voire à faire des vocalises à la limite du cri, ce qui surprend vraiment, venant d'une jeune fille autrefois timide. Idem sur "Chinatown", peut-être le meilleur morceau de l'album, où la demoiselle pare sa chanson d'une voix totalement habitée, comme Win Butler d'Arcade Fire. Emilie Simon a clairement mis sa retenue au placard. The Big Machine apparaît ainsi comme l'antithèse de la très froide Marche de l'Empereur.

D'autre part, sur un plan musical, ce nouvel album est également beaucoup plus ouvert, éclectique, électrique et vivant que la précédente galette, le sage Végétal (qui comportait toutefois quelques titres euphorisants, comme "Rose Hybride de Thé"). Assistée de Mark Plati, connu pour ses collaborations avec David Bowie et Alain Bashung en France, Emilie l'Américaine d'adoption a donné une nouvelle dimension à sa musique. Elle vu grand, cette fois, avec ces morceaux qui content l'effervescence de son expérience américaine (une visite à "Chinatown", l'excitation de se promener dans New York avec l'excellent "Rocket to the Moon"...), illustrés de cuivres, d'un piano omniprésent et de sons synthétiques établissant, plus que jamais, un lien vers la synth pop bubble gum des débuts de Depeche Mode.

Bouillonnant, extrêmement inventif et rythmé, pop et mélodieux au possible, aussi poétique que ses prédécesseurs, The Big Machine constitue l'album du renouveau pour Emilie Simon. Il entame clairement un nouveau "Cycle", comme elle l'annonce sans ambages dans le titre éponyme. Surprenant, enthousiasmant et profondément original, il contribue à faire de la Montpelliéraine une référence dans le domaine de la musique pop électronique en France, mais également dans le monde. Désormais connue et reconnue aux Etats-Unis (alors qu'il y a encore quelque temps, elle avait dû sortir une espèce de best of rien que pour les Américains), Miss Simon parle aujourd'hui au monde entier. Sa musique, devenue universelle, ne connaît plus de frontières. Chapeau bas.

Le goût des autres :

note : 66/10Soul Brotha