Superlative Fatigue

Errorsmith

PAN  |  2017
7 / 10
par Côme  |  le 7 novembre 2017

Un album d’un collaborateur de Mark Fell sur une structure comme PAN, plutôt versée dans l'expé ? N’en jetez plus, on se voyait déjà en présence d’un potentiel album de l’année dans la catégorie "musiques obliques", un propos radical qu'on aurait eu vite fait d’inscrire dans la lignée des travaux de quelqu’un comme Gábor Lázár. Forcément, avec des attentes pareilles, on ne pouvait que se louper en beauté.

Parce que Superlative Fatigue n’est pas un disque de musique expérimentale. Parce que son travail avec Mark Fell n’est finalement qu’une (magnifique) ligne sur le CV du producteur allemand. Parce qu’Errorsmith a passé les deux dernières décennies à tenter sans relâche de proposer une autre lecture de la musique de club. Et parce que l’auteur de ces lignes ne s’en rend compte que maintenant. Mea culpa. En même temps, un peu à l'image de ce pote à qui tu rencardes le visionnage de The Wire ou The Shield en 2017, on a pu se prendre un rétropédalage incroyable dans la gueule ces dernières semaines, explorant les moindres recoins de la discographie d'Errorsmith et de ses side projects tous plus passionnants les uns que les autres (MMM, Smith N Hack). 

Musique de club donc, mais qui emprunte au genre autant qu’elle s’amuse à la pervertir, dans une attitude débonnaire et jouissive qui emprunte autant aux délires des premiers Modeselektor qu'au sourire en coin de Richard D. James ou aux excès des meilleurs titres de Mr. Oizo - avec qui il a déjà collaboré d'ailleurs. En entertainer malin, Errorsmith joue avec nos attentes et déjoue nos pronostics à coups de parties vocales qui annoncent des transitions qui n’en finissent jamais, mais il emprunte aussi à un Lorenzo Senni ce côté over the top et euphorique qui caractérise bien souvent la musique de l’italien. Mais si l’attitude est un brin moqueuse, le travail effectué est on ne peut plus sérieux, Erick Wiegand arrivant à injecter dans une musique très accessible quelque chose d’intello (mais jamais pédant), tout en n’oubliant pas de rester frais et relativement simple. Et si l’on n’imagine pas non plus ce Superlative Fatigue être playlisté au Fuse ou au Rex, on se dit qu’il y aura bien quelqu’un pour lâcher quelque chose comme "I’m Interesting, Cheerful and Sociable" ou s’amuser avec les voix de "My Party" devant un public avide d’expérimentation ou de changement.

Et là où l’on imaginait Errorsmith dans la continuité de Mark Fell, on se rend compte que Superlative Fatigue est finalement à l’exact opposé d’un disque comme Sentielle Objective Actualité: si ce dernier samplait Kerri Chandler et incluait des liner notes pour les DJ, il refusait tout compromis à l’auditeur et alignait ses loops synthétiques de 109.49ms de façon glaciale, transformant sa house en quelque chose d'une indansable abstraction. A l’inverse, il n’est ici question que d'un produit conçu pour s'amuser en bonne intelligence, entre gens capables d'intégrer le fait que la musique de club peut aussi se vivre en marge des dancefloors, dans l'intimité d'un cerveau qu'un Errorsmith s'amuse à faire bouillonner. 

Le goût des autres :