Sentielle Objectif Actualité

Mark Fell

Editions Mego  |  2012
8 / 10
par Simon  |  le 8 octobre 2012

A l’époque de sa sortie, le Atavism de SND résonnait comme la plus magistrale des claques électroniques de l’année. A tel point qu’il était difficile de ne pas voir en eux les Autechre d’un clubbing déglingué et lointain. Trois ans après, un des deux a méchamment fait du chemin. Car si Mat Steel a été plutôt discret, Mark Fell n’a cessé de s’épanouir dans cette nouvelle voie électronique. Entre ses projets carrément obtus – voir le perturbant Attack On Silence pour l’écurie Line – et ses compositions « atavistiques » – on vous renvoie aux magnifiques Manitutshu, UL8 et Multistabilty – l’Anglais est devenu l’un des personnages agréables à suivre dans les rangs du clubbing de nerds.

C’est que Mark Fell s’est attelé à construire seul la suite de ce qu’il a magnifiquement créé en duo. Une obsession stylistique qui le distingue de tous, même au sein de Raster Noton ou Editions Mego, et qui a transformé sa discographie en véritable quête du Graal électronique. Et plus le temps avance, et plus l’ombre de SND se transforme en théorie rigoureuse du nightclubbing. Car si la musique du duo a toujours été pulsée jusqu’à voir en Atavism des ancêtres house, voire uk funky, Mark Fell va plus loin en étendant le modèle de la musique binaire à sa structure. Fini la déglinguerie des beats foutraques (quoique méchamment ordonnés) de SND, Sentielle Objectif Actualité avance dans un sillon creusé pour la nuit (des morts-vivants). L’autre grande avancée proposée par le duo – véritable parti pris graphique – était probablement cette obsession à aligner d’un côté les claviers dubs refroidis à la neige carbonique et de l’autre les patterns extrêmement courts. Une véritable grande approche de la musique house qui perdure au sein de l’œuvre solo du génie de Sheffield. Pas de révolution, juste une évolution du genre dans son cœur même.

La magie de ce Sentielle Objectif Actualité tient clairement dans le radical antagonisme de deux mondes qu’on voudrait tant voir cohabiter. A l’heure où il existe globalement deux types de musique – celle qui fait danser et les autres – Mark Fell propose une troisième voie, celle de l’esthétisme élitiste face à la grandiloquence des pulsions. Entre l’instinct et le calcul, il n’y a de place que pour ce Mark Fell omniscient, versé dans une tradition de la rigueur et, heureusement, de l’hédonisme bienheureux. Tout ceci est bien sûr conscientisé, c’est le laboratoire de notre manière de bouger qui se développe ici. Une manière de voir les musiques pulsées avec plus d’ambition peut-être.

Cette dualité dans la percussion est un formidable atout pour mener à la transe, finalité si bien exploitée par l’Anglais en bout de course. Le dérèglement des sens est ici assuré. Entre la house des vétérans, les nouvelles musiques urbaines (uk funky, footwork) et l’electronica de laboratoire, Mark Fell impose un énorme coup au cœur des musiques électroniques d’avenir. Tout se dédouble, de la froideur du minimalisme à la grâce d’un clavier cheesy. Un vrai grand disque.