Rooftop

SCH

Maison Baron Rouge  |  2019
5 / 10
par Yoofat  |  le 10 décembre 2019

Impossible de tenir la cadence d'un album par an sans perdre en profondeur et en pertinence. Un artiste doit pouvoir recharger ses batteries avant de vider à nouveau son sac. Le rap jeu devrait obéir à ce mythe de Sisyphe contemporain, mais les chiffres, l'envie d'omniprésence sur les plateformes de streaming et la pression exercée par une fanbase ou une maison de disques bouleverse souvent cet équilibre malsain. Désormais, la culture de l'immédiateté ne permet permet plus de faire le vide avant le remplissage. Il faut sortir de la nouvelle musique, peu importe sa pertinence. Pas le temps d'attendre que le propos mature, ce dont on a besoin, c'est que le propos existe. Plus particulièrement encore quand on est dans les Tn de SCH, et que l'évocation seule d'une nouvelle sortie suffit à mettre les internets sens dessus dessous. 

Alors que les fans du MC d'Aubagne s'attendaient au deuxième volet des aventures de JVLIVS, lui a préféré opter pour un classique des années 2010 : la mixtape déguisée en album, comme à l'époque d'Anarchie et de Deo Favente. La communication, l'artwork et la qualité des clips ("R.A.C" peut aisément concourir au titre du clip le plus stylé de l'année) veulent nous faire croire que Rooftop a été le fruit d'une réflexion poussée et d'un travail acharné de la part de l'artiste et de son équipe. Les premières écoutes nous laissent néanmoins perplexes. On comprend assez vite qu'à part certaines images incroyables, le S n'a rien d'exceptionnel ou de neuf à exhiber. Si ses talents illuminent le début du projet (impeccables "Cervelles" et "All Eyes On Me"), la zone de confort du S (les ambiances "nouveau riche", la fascination pour le grand banditisme, le dilemme entre une vie sulfureuse et la bonne éducation de sa mère) devient vite une évidence qui érode progressivement notre intérêt. 

On retiendra sans doute de Rooftop qu'il aura été une cour de récréation pour SCH. Dans celle-ci, le rappeur s'est entouré de plusieurs confrères, chose peu habituelle dans sa discographie. Si l'idée semblait judicieuse sur papier, elle se révèle assez catastrophique sur disque. Le pauvre Julien avait pourtant invité plusieurs fines plumes, dont certaines avec qui les précédentes collaborations avaient été une réussite. Mais sur Rooftop, les bulles d'air de Rim'K et Ninho sont clairement dégonflées, Heuss L'Enfoiré est chiant comme la dernière mixtape de Migos et les prestations de Soolking et de l'italien Capo Plaza sont tout bonnement insipides. Il n'y a guère que Maître Gims pour faire vraiment honneur à l'invitation du N°19 sur "Baden Baden". 

En attendant la suite de JVLIVS, Rooftop permet à SCH de se libérer des contraintes du concept album, de ne plus être tenu par la cohérence et l'aspect fictionnel qui avaient fait la force du premier tome. De fait, le projet est moins complexe, moins profond et surtout moins travaillé, comme si le seul fait de n'avoir aucun fil rouge avait dédouané son auteur de l'exigence de qualité. Bien qu'on se réjouisse toujours de l'existence d'un nouveau projet de SCH, on se dit que s'il avait eu l'opportunité ou la bonne idée de prendre son temps, il est fort possible que ce Rooftop n'ait jamais existé.

Le goût des autres :