ERYS

Jaden

Roc Nation  |  2019
3 / 10
par Ruben  |  le 15 juillet 2019

Cet album raconte l’histoire incroyable d’un jeune homme nommé Erys qui vit dans un Los Angeles dystopique et dévasté par une force inconnue. Personne ne sait vraiment ce qu’il s’est passé, mais une foule de jeunes malfrats règne désormais en maître sur la ville. Après avoir découvert une étrange substance violette appelée VISION, Erys devient le leader de cette bande de pirates urbains. En effet, la VISION lui permet de dominer ses confrères et de les transformer en esclaves, en soldats qui obéiront sans réfléchir à ses ordres. Ainsi, le violet représente le contrôle. Le violet représente le pouvoir. Pour Erys, tout devient violet, ses cheveux, sa voiture. Absolument tout est violet.

Voici, mot pour mot, comment Jaden Smith a teasé son nouvel album ERYS dans une interview au magazine Rolling Stone. Avec ce scénario digne d'un navet de M. Night ShyamalanAfter Earth, quelqu'un ? - on a  les yeux qui piquent avant même d’avoir sollicité les oreilles. Il faut dire qu’après son SYRE de 2017 - un album qui avait clairement démontré les limites artistiques de son interprète - notre appréhension est grandissante puisque deux années se sont écoulées et Jaden se présente toujours comme cette tête à claques présomptueuse qui va inévitablement commettre les mêmes erreurs que sur son précédent disque.

Même si on ne peut que s’incliner devant la spontanéité des quatre premiers titres (« P », « I », « N » «  K », wouah), le soufflet retombe très vite notamment parce que SYRE avait été introduit exactement de la même manière. Derrière, on note aussi la présence de l’apocalyptique « NOIZE », un titre aux allures de zone de guerre où néo-rock et voix autotunées se mettent sur la gueule pour au final se faire atomiser par un vrai daron, Tyler The Creator. Mais après ces cinq premiers titres, le joli chateau de cartes si instagrammable va rapidement s’effondrer. Car ERYS est plombé par l’arrogance détestable d’un jeune artiste trop sûr de lui, qui enchaîne les centaines de punchlines inutiles – « 'Til they wake up and switch, we ain't playin' Nintendo » - accentuant un désintérêt progressif pour l'histoire qu’il tente péniblement de nous raconter. Le fil narratif, soi-disant centré autour du personnage héroïque d’Erys, s’évapore rapidement dans un enchaînement de séquences bien pédantes et faussement cinématographiques. Perdu quelque part entre l'univers bigarré de Brockhampton – dont il n'a pas le punch – et celui très fumeux de XXXtentacion - dont il n'a pas la sensibilité - Jaden Smith ne sait plus sur quel pied danser et finit par nous balancer des monstruosités comme « i-drip-or-is » ou l’insupportable « Fire Dept ». Dans le même style - soit des pistes que l'on n'écoutera pas une seconde fois - il y a « Blackout », une balade R&B totalement vide d'intérêt, qui démontre seulement à quel point absolument personne n’a besoin d’entendre Jaden Smith étaler ses sentiments durant 6 interminables minutes.

Depuis qu’il s’est autoproclamé icône du rap, Jaden Smith cherche désespérément à créer une faille spatio-temporelle dans le hip-hop, comme Yeezus avait pu le faire à son époque. Tout comme Kanye West, le jeune homme de 21 ans se voit comme un prophète, un gourou qui a pour mission divine d’ouvrir la voie à toute une génération d’artistes - Pete Wentz des Fall Out Boy ira même jusqu'à affirmer "when I talk to my rock friends they say the next Nirvana is coming, probably yeah, but not in the form of Nirvana. It might be like Jaden Smith". ERYS s'emploie avec une énergie presque fascinante à démontrer tout l'inverse.