SYRE

Jaden Smith

Roc Nation  |  2017
5 / 10
par Ruben  |  le 6 décembre 2017

Cher lecteur, avant de rage-quitter cette page dans un excès de colère et de confusion, laisse-moi contextualiser l’approche de ce disque. Oui, Jaden Smith a tout d'un insupportable morveux: superstar à l’âge de 15 ans et génétiquement prédestiné à faire carrière dans la musique ou sur le grand écran, l’aîné de Will Smith & Jada Pinkett nous avait très agréablement surpris avec « Fallen », single qui amorçait un virage expérimental assez inattendu et à l'exact opposé de l'approche grand public de son BFF Bugatti Biebs. Il semblait donc plutôt logique et pertinent d’accorder une oreille attentive à ce premier album intitulé SYRE.

Magnifiquement introduit par la frangine Willow Smith, le disque débute fort, très fort même. Les 4 premiers titres (« B », « L », « U » et « E ») instaurent une dynamique intéressante et surprenante d’originalité – on se demande même un court instant si on n'est pas en train d'entendre l'héritier de Kanye West. Après, on ne va pas se voiler la face non plus : être le fils de Will Smith permet d’enfoncer des portes habituellement verrouillées pour le commun des emcees débutants. Avec un carnet d’adresse gros comme un bottin téléphonique sous le coude, il est assez simple de se retrouver en studio avec des gars comme Young Fyre, Lido, Kevin Abstract ou le duo Christian Rich, qui sont autant de gages de qualité exceptionnels en termes de musicalité et d'authenticité. Ainsi, sans grande surprise, SYRE réalise le sans-faute côté productions en renvoyant l’auditeur vers les mondes alternatifs de Because The Internet ou Blonde.

Malheureusement, au fur à et mesure que les pistes défilent, les sourcils se froncent car l'album plane mais ne trouve jamais son point de chute. Sans véritable raison, Jaden Smith étire le propos durant 17 longues pistes alors qu'un format plus compact aurait suffit à faire passer le message. Mais quel message au fond? C’est justement au niveau des textes que les contradictions s’accumulent: malgré le ton très sérieux prôné, on reste scotchés par l’immaturité de certaines punchlines du jeune MC - rires et gênance en l'entendant dire « Girl, I’m Martin Luther, Martin Luther King/Life is hard, I’m Kamasutra-ing ». Rapidement, les références bibliques se mélangent aux prises de positions politiques; les récits de soirées alcoolisées s’entrechoquent avec des conspirations illuminatis. Bref, Jaden Smith raconte tout et n’importe quoi et en fait simplement beaucoup trop. 

Jaden Smith adule Kanye West, rêve d'avoir la notoriété de Frank Ocean et souhaite faire la jonction entre cinéma et musique à l'image de Donald Glover, mais il n'a pas vraiment pris conscience du gouffre qui le sépare du statut d'icône auquel il aimerait tant prétendre, dans un élan de modestie typique de sa famille. Puis n'oublions pas que, d'un point de vue strictement génétique, ses chances de devenir une légende du rap sont à peu près aussi nombreuses que le nombre de gens qui ont apprécié le dernier single de son paternel.