Detroit 2

Big Sean

GOOD Music  |  2020
4 / 10
par Ruben  |  le 27 septembre 2020

La mixtape Detroit, première du nom, fut considérée par beaucoup comme l'un des meilleurs projets de l’année 2012 - derrière good kid, m.A.A.d city évidemment. À l’époque, le disque de Big Sean avait laissé la planète rap sur le cul et, un court instant, on s’était demandé s’il ne méritait pas sa place aux côtés des trois jeunes princes du rap, Drake, Kendrick Lamar et J. Cole. Depuis cet épisode fameux, huit longues années se sont écoulées et, même si Big Sean reste encore l'un des rappeurs les plus écoutés au pays de l’oncle Sam, le statut de légende lui échappe toujours, la faute à une discographie assez anecdotique.

Pour changer la donne une bonne fois pour toutes, un retour aux sources semblait nécessaire et, en donnant une suite à son projet le plus abouti, Big Sean ambitionne de retrouver son meilleur niveau. Mais dans le rap américain, les « suites de… » sont très souvent synonymes d’une qualité inférieure au produit originel ; cette affirmation étant particulièrement vraie pour des sequels comme The Marshall Mathers 2, The Documentary 2 ou Blackout 2 qui sont à des années lumières d’atteindre le statut de « cult classic » de leurs prédécesseurs. Detroit 2, sorti il y a quelques semaines sur G.O.O.D. Music, n’échappe pas à cette règle.

Côté performance commerciale, les plus gros succès de Big Sean ont toujours été des bangers testostéronés dont les textes frôlent la mort cérébrale – « I Don’t Fuck With You », « Dance (A$$)». Pourtant, sur chacun de ses LP, le rappeur de 32 ans a constamment essayé de se donner un air plus sérieux, d’étaler sa science de vie ou de décrire ses sentiments avec des rimes allégoriques. Ce fut le cas sur Finally Famous avec « Memories (Part II), sur Hall Of Fame avec « World Ablaze », sur Dark Sky Paradise avec « One Man Can Change The World » ou encore sur I Decided avec « Inspire Me » ; des moments tellement importants pour le rap américain qu’aujourd’hui tout le monde a oublié leur existence.

Pourtant, sur Detroit 2, Big Sean insiste et retente l’expérience avec l’introspectif « Lucky Me », qui ne parvient toujours pas à convaincre. Car pour un rappeur qui a connu une traversée du désert de trois ans, qui a pris le temps d’améliorer sa qualité de vie au travers de méditations thérapeutiques quotidiennes, qui souhaite inspirer, influencer et qui vante aujourd’hui la maturité de sa plume, la césure avec ses précédents disques est loin d’être évidente à cerner. Aucune production n’est foncièrement différente de ce qu’on entend chez la concurrence, et ses textes sonnent toujours aussi creux. Contrairement à Drake ou Future, qui ont besoin de trois mots pour briller, le rappeur de Detroit - qui s’imagine probablement être un gourou éclairé à la Jaden Smith - nous balance des couplets à rallonge, qui finissent par étourdir. À l’image d’un Logic qui rappe vite, mais dit peu, on entend beaucoup de choses sur Detroit 2, mais on ne retient rien.

Pour autant, quelques moments notables sauvent le disque du naufrage total. On pense notamment au « Friday Night Cypher », qui regroupe quasiment toute la scène de Detroit, de l’inconnu Cash Kidd au daron Eminem, ou encore aux intéressants interludes de Stevie Wonder, d’Erykah Badu et (surtout) de Dave Chapelle, toujours aussi hilarant. Malheureusement, tous ces éléments sont indirectement liés à Big Sean lui-même et, comme ce fut déjà le cas sur Dark Sky Paradise, la liste d’invités XXL asphyxient sa personnalité. Pour un gars qui a embarqué dans une longue quête spirituelle à la recherche d’un meilleur lui-même, qui avoue avoir pris le temps de peaufiner son disque, quitte à le recommencer plusieurs fois, Detroit 2 est une énorme déception ; le disque ressemblant beaucoup trop à ses projets précédents, pour le meilleur, mais surtout pour le pire.