Cozy Tapes Vol. 1: Friends

A$AP Mob

A$AP Worldwide  |  2016
8 / 10
par Ruben  |  le 2 novembre 2016

Le décès d’A$AP Yams, le véritable architecte de la montée en puissance du collectif new-yorkais A$AP Mob, a semé le doute quant à la survie du groupe et de certains de ses affiliés dans le monde cruel et hautement compétitif du rap américain. En effet, depuis son overdose en janvier 2015, peu d’éléments convaincants sont parvenus à nos oreilles : le At.Long.Last.A$AP d’A$AP Rocky ne fut pas la claque espérée, de même pour le décevant Always Strive And Prosper d’A$AP Ferg. En parallèle, le restant des MC (A$AP Nast, A$AP Twelvyy, A$AP Ant, Da$h, Playboi Carti...) n’ont pas non plus rencontré un succès à la hauteur de la hype démentielle qui entoure le moindre pet mouillé de la structure.

C’est donc avec une certaine appréhension qu’on accueille aujourd’hui tout ce beau petit monde sur une nouvelle mixtape intitulée Cozy Tapes Vol. 1: Friends. Sans l’aiguillage précieux de Yams et suite à un épisode tragique qui pèse forcément lourd sur les consciences, le crew new-yorkais a-t-il trouvé suffisamment de conviction et d’entrain pour renouveler l’exploit de son précédent projet commun, le magistral Lord$ Never Worry de 2012 ?

Les premières secondes de la tape, durant lesquelles les différents MC décrivent avec entrain l’étendue de leur garde-robe, rappellent leur lien étroit avec le monde de la mode (et accessoirement les top models qui vont avec). Après cette minute fashionista, les choses sérieuses commencent avec « Yamborghini High », véritable anthem aux paroles délicieusement débiles portées par des flow aguichants et une instru fichtrement efficace. Efficace, c’est probablement l’adjectif qualifiant au mieux ce Cozy Tapes Vol. 1: Friends. Et la seconde piste « Crazy Brazy » en est une parfaite illustration : le titre est un cocktail fumant et nerveux sur lequel Rocky, Twelvyy et leur invité Key! enchaînent les punchlines saugrenues. L'enchaînement sur « Way Hii » confirme cette tendance : le bulldozer A$AP Mob est bel et bien en marche et compte bien tout écraser sur son passage.

Et pour muscler le jeu, le crew n’hésite pas à renforcer sa compo avec des invités de choix : que ce soit Tyler Tha Creator qui balance un couplet poignant et redoutable d’intensité – peut être un de ses meilleurs de ses dernières années, le mythique collectif Onyx qui parvient à nous replonger dans le rap East Coast des années 90 sur l’incroyable « Nasty World », l’intervention du rookie MadeinTYO dont on vous vantait les qualités ICI, ou le daron du grime Skepta, qui vient mitrailler l’instru de « Put That On My Set », tous les invités apportent leur pierre à l’édifice et s’expriment pleinement aux côtés des différents membres du A$AP Mob. Même l’intervention de Wiz Khalifa a le mérite de ne pas nous faire grincer des dents –  bel exploit s'il en est.

Cette nouvelle tape confirme donc que la disparition de Yams n’a nullement effacé les ambitions du crew qui aspire tout simplement à devenir le collectif hip-hop le plus iconique de la East Coast. Depuis leurs débuts, tous se positionnent en tant que parfaits gangsters & gentlemens qui perçoivent que le métier de rappeur dépasse largement le simple cadre du studio d’enregistrement. À l’image des pitreries de Kanye West, le chef de file A$AP Rocky n’hésite jamais à s’incruster dans d’autres formes d’art comme la mode - il est le nouveau visage de la campagne pour Dior Homme - ou la réalisation de clips. Et quand HipHopDx le titille sur la crédibilité de cette carrière multi-facette, Rocky répond : "I am what I am. I am what I say I am [...] I’m in every crowd. I fuck with the hipsters. I fuck with the n*ggas. I fuck with everybody and I’m literally comfortable in every crowd because I’m a part of all of them. I’m a hipster, I’m a n*gga, I’m everything. I’m a rapper, I’m an entrepreneur".

Contrairement à certains crews de la nouvelle génération comme Odd Future, A$AP Rocky et les siens confirment leur solidarité indiscutable avec cette nouvelle tape qui tourne de belle manière la première page de l’après-A$AP Yams. S'inspirant autant de la street cred du Wu-Tang Clan que du bling de Bad Boy Entertainment,  le A$AP Mob est parvenu à renaître de ses cendres. Car, bien au-delà de l'aspect purement musical, le projet révèle avant tout l'existence de liens de fraternité, de camaraderie et de respect mutuel au sein d'un groupe de potes qui, au lieu de voler en éclats, est parvenu à se souder autour du deuil d’un de ses membres afin de repartir de l’avant, ensemble, avec pour objectif commun de rallumer la flamme d'un rap new-yorkais qui se cherche un nouvel âge d'or.