Thank You, Mr. Tokyo

MadeinTYO

Private Club Records  |  2016
7 / 10
par Ruben  |  le 13 septembre 2016

Ne vous fiez pas à l'apparence calme et sereine que dégage la couverture de Thank You, Mr. Tokyo : ce trompe-l'œil cache en réalité un projet bien gras provenant directement des rues d'Atlanta qui demeurent, année après année, les plus prolifiques des States en termes de sorties hip-hop.

En effet, il ne se passe pas un jour sans qu’une nouvelle mixtape qui transpire le sizzurp ne fuite sur internet ou qu’un clip plein de gros popotins ne soit balancé sur WORLDSTARHIPHOP. Dans un environnement parfois hostile, où certains quartiers subissent l'omniprésence de drogues qui feraient hésiter Jean-Luc Lahaye, les success story de T.I., Future, Young Thug, 2 Chainz, Ludacris, ILoveMakonnen ou encore Migos entretiennent un espoir de gloire et de fortune pour les centaines d'MC en herbe cloîtrés dans les trap houses de Lakewood, Grove Park ou Vice City. Car à Atlanta, sortir du ghetto grâce au rap n’est pas une question de réussite, c’est une question de survie.

Ainsi, des vagues infinies de nouveaux rappeurs, à chaque fois accompagnés par leurs copains de quartier, tentent la percée vers le sommet où règnent les Jay-Z, Diddy et Dr. Dre de ce monde. Aujourd'hui encore, de nombreux crews de wannabe ATLiens se disputent une place sur la scène hautement saturée du double H ricain - on pense notamment aux crews de Father (Awful Records), de la Bankroll Mafia, des poulains de Mike Will Made It et... de MadeinTYO pour Private Club Records.

Les MC Royce Rizzy, Salma Slims, Noah Woods, MyNamePhin, Jay Ma et MadeinTYO forment donc le label Private Club Records. Et depuis que le « Uber Everywhere » de MadeinTYO a commencé à buzzer à Atlanta – plus de 35 millions de vues sur Youtube quand même – l'ensemble du crew a soudainement été propulsé sous les spotlights. Surfant sur ce court instant de popularité, sachant qu’une telle opportunité ne se produit pas tous les jours, le leader de la bande s’est dépêché de balancer une tape intitulée You Are Forgiven, qui contient notamment le banger "I Want". Un an plus tard, MadeinTYO, qui a depuis pu travailler avec 2 Chainz et l'incontournable Metro Boomin, vient de balancer un second projet plutôt prometteur : Thank You, Mr. Tokyo.

Et pourtant, l’EP commence par un léger raté: l’inaugural « Broken Hearts » manque un poil de punch et la répétition des « ouh ouh ouh » devient vite gonflante. Non, c’est réellement avec « Skateboard P » - une référence à Pharell Williams - que le projet est lancé, s’emballe et ne baissera plus en intensité. Par la suite, l’enchaînement « Mr. Tokyo »/« Gucci Polo » ou encore le déchaîné « Lose It » contraste parfaitement avec la sérénité de « Gwinett » sur laquelle MadeinTYO parvient à calmer les esprits et à proposer un réel changement d'ambiance.

Au final, Thank You, Mr. Tokyo est un produit 100% ATL sur lequel son interprète parvient à retranscrire l’intensité d’un projet de Future, le flow mélodieux d’un Lil Yachty, la force de frappe d’un Gucci Mane, les punchlines délicieusement débiles d’un 2 Chainz et la science du refrain d’un Young Thug. En s’inspirant de ses aînés, sans oublier de scanner les autres puits de créativité comme Chicago (Lil Durk, Chance The Rapper) ou Philadelphie (Lil Uzi Vert), MadeinTYO trouve un équilibre intéressant entre beats limpides, flow soigné et rimes aguicheuses, le tout sans le moindre invité. Joli coup.