2008-2013 : le goût des autres
Chronique par Elise Costa
GIF Master chez Madmoizelle.com, experte en pop culture pour Slate ou Vanity Fair
The White Buffalo
Once Upon a Time in the West
Tout le monde l’aura écrit avant moi, choisir son album préféré – que ce soit dans les 5, 10 ou 15 dernières années – n’est pas du genre fastoche. Comme appuyer sur un bleu: on sait que ça fait mal, mais on ne peut pas s’en empêcher.
Il y a cinq ans, j’ai commencé à travailler. Mon boulot consiste à écrire des trucs. Le problème avec l’écriture, c’est que vous pouvez rarement le faire en écoutant du punk. Au lycée et à la fac, j’écoutais beaucoup de disques à base de guitares énervées, de basses lourdes et de voix hurlantes. Dans le bus, durant les trajets en voiture, dans les bars, en concert. Alors il y a cinq ans, je suis passée à la country, avec tous ses subdivisions: country western, bluegrass, country pop, honky tonk, rockabilly. J’ai mis des santiags. Je me suis rendue au Country Music Hall of Fame and Museum à Nashville, dans le Tennessee.
Il n’y a rien de plus américain que la musique country. Il existe du rock belge, de la pop coréenne, de l’électro allemande, et même du hip-hop libyen. Le groupe français Moriarty, par exemple, revendique ses inspirations bluegrass, mais la moitié des membres ont un passeport américain. Il n’y a qu’à voir le nom « The White Buffalo » (qui est aussi le nom d’un western avec Charles Bronson sorti en 1977) et le titre « Once Upon a Time in the West » : il s’agit d’une musique qui ne pouvait naître que sur les terres du nouveau monde, nourrie à la fois par la folk irlandaise, le yodel allemand et la guitare espagnole. La country est une musique d’immigrés en plein mal du pays. Voilà pourquoi les Européens y sont sensibles. Les festivals country ont remplacé les bals guinguettes. Le film Alabama Monroe qui vient de sortir dans les salles françaises a été réalisé par le belge-flamand Felix Van Groeningen. Et même les hipsters n’ont rien contre un petit Jolene de Dolly Parton de temps à autres.
The White Buffalo, porté par le très poilu Jake Smith, est la preuve que la country western est moins une question de mode que de racines. Je ne sais pas si c’est pertinent, mais sa voix rocailleuse me fait sentir à la maison. Elle me donne envie de boire une bière sous les étoiles l’été, et de faire un feu de cheminée l’hiver. Ca parle d’amour, d’alcool et de revanche. Il n’y a aucun titre à jeter dans Once Upon a Time in the West, ce qui est suffisamment inhabituel pour être remarqué. J’ai lu un jour que The White Buffalo avait grandi en écoutant du punk-rock. Ca explique beaucoup de choses.