Fujiya & Miyagi

cuisiné par Brice le 5 mai 2014 | publié le 13 mai 2014

Le cinquième album du trio de Brighton est sorti ce mardi 6 mai. Neuf morceaux dansants, électro et krautrock, frondeurs et sexy, qu'ils ont produits et mixés eux même. Car contrairement à ce qu'écrivait mon collègue Yann il y a quelques jours, je suis persuadé que cette fois-ci est la bonne pour Fujiya & Miyagi. Le groupe de Brighton fait mieux que son œuvre majeure Transparent Things. Davantage électro que le précédent Ventriloquizzing, ce nouvel album tient ses promesses. Le trio revient à ses premières amours : la fête, les raves du sud de l'Angleterre et les débuts du label Warp. La fusée décolle dès la chanson d'ouverture avec la disco Flaws et ne touche plus Terre durant trente-huit minutes. Leurs morceaux anxiogènes sont merveilleusement portés par la voix poseuse de David Best. Derrière la clarté apparente des mélodies joviales et des paroles répétées à tue-tête se cachent des histoires que l'on imagine tortueuses, truffées de sentiments inavouables et d'espoirs avortés. On croirait entendre la guitare de Magazine incarnée dans "Artificial Sweeteners" et "Daggers". Pouvoir servir neuf morceaux dansants, bourrés de particules chimiques qui troublent vos sens, voilà la force de Fujiya & Miyagi. Avec le cruel "Little Stabs at Happiness" ou l’explosif "Vagaries of Fashion" tout peut basculer en un quart de seconde, la bête prête à être lâchée. Le genre de frissons qui laissent des stigmates.

Votre dernier album date de 2010, qu'avez-vous fait tout ce temps et comment avez-vous préparé cet Artificial Sweeteners ?

Steve Lewis (claviériste) : On a beaucoup tourné jusqu'en janvier 2012, David et Matt ont leurs projets solos de leurs côtés. Et puis, on a tous les trois une vie de famille maintenant, avoir des enfants cela change beaucoup de choses.

David Best (chanteur) : On ne souhaitait pas refaire le même album que le précédent, on a dû se réinventer pour Artificial Sweeteners. On voulait se tourner vers la musique électronique, faire quelque chose de plus rapide, de plus lumineux et de beaucoup moins tendu que Ventriloquizzing. Le single Flaws en est un bel exemple. Aussi, pour faire un album sombre comme le précédent, il faut être torturé pendant deux ans et cela te rend malheureux (rires). Ecrire ce nouvel album a donc été une libération mais cela nous a pris beaucoup de temps.

Qu'est-ce qui a changé entre ces deux albums et pourquoi Ventriloquizzing était-il si sombre ?

David Best : On écoutait beaucoup The Idiot d'Iggy Pop lorsqu'on a enregistré Ventriloquizzing c'est peut-être pour ça. Il n'empêche que cet album d'Iggy reste un de mes albums préférés !

Steve Lewis : Un nouvel album est souvent une réaction au précédent, nous on fonctionne comme ça en tout cas. Ventriloquizzing était un album fait pour la scène dès le départ, au contraire de notre dernier Artificial Sweeteners qui a toujours été pensé comme un album avec un gros travail de production. Maintenant qu'il est terminé depuis quelques semaines, nous le travaillons pour la scène.

Comment définiriez-vous Artificial Sweeteners ?

Steve Lewis : Je dirais DIY (Do It Yourself). C'est notre album de bout en bout, nous l'avons enregistré et produit nous-mêmes. Je me suis chargé de l'artwork de la pochette et Matt de la photo. C'est super excitant de voir ce que cela va donner.

David Best : C'est un album qu'on a fait nous-mêmes de bout en bout et qui nous a pris énormément de temps. On a tenté beaucoup de choses, on a eu des idées, puis elles ont beaucoup évolué en cours de route. Cet album a été un long processus. On avait fini notre album en janvier 2013, il y a plus d'un an, du moins on croyait avoir fini, mais plein de choses ne nous convenaient pas au niveau de la production. Avec le recul, on ne regrette pas du tout d'avoir pris un an de plus pour cet album, même si c'était un peu chaotique !

Artificial Sweeteners est un album électro, mais vous restez inspirés par le krautrock. Est-ce que vous écoutez encore Can et Neu ? Et qu'écoutez-vous plus généralement en ce moment ?

Steve Lewis : On a pas mal écouté Factory Floor ces derniers temps et plus récemment Daniel Avery. Concernant l'électro dans cet album, on a pas hésité à se lâcher, par exemple avec le long morceau instrumental Tetrahydrofolic Acid et on en est heureux.

David Best : Can est mon groupe favori mais je n'ai presque plus besoin de l'écouter, j'ai tellement parcouru les albums que les chansons sont dans ma tête !

Matt Hainsby (bassiste) : On adore la musique funk aussi, cela donne de la chair à notre musique et fonctionne bien avec nos chansons. David Bowie, Brian Eno et Magazine continuent aussi de nous inspirer.

Dans la chanson Vagaries Of Fashion vous vous moquez de la société de consommation...

David Best : C'est davantage une observation sur le fait que tout va plus vite, chaque année cela s'accélère un peu plus, spécialement l'industrie musicale. En Angleterre, un groupe émergeait chaque semaine il y a quelques années. Aujourd'hui c'est un groupe qui naît chaque matin. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose car s'ils créent de bons disques, ils continueront d'exister et d'être écoutés... Mais je ne sais pas si cela pourra encore durer longtemps à cette cadence.

Vous habitez toujours à Brighton, est-ce que cette ville vous aide à créer ?

David Best : Avant je répondais tout le temps non lorsqu'on me demandait cela mais je me rends compte que je suis bien dans cette ville, je me sens à l'aise. De là à dire que cela nous aide à créer, ce serait exagérer mais nos amis, nos familles sont là-bas. Et puis, on ne se voit pas vivre ailleurs.

Steve Lewis : Quand je suis arrivé à Brighton dans les années 90, c'était la ville de la dance. C'est ce qui m'a permis de découvrir la musique électronique. A l'époque on trimbalait nos sound-system sur la plage, même si c'était illégal, et on faisait la fête toute la nuit. Cela a donc un peu influé sur Artificial Sweeteners.

Vous avez des side-projects aussi, cela vous aide à créer pour Fujiya & Miyagi ?

David Best : Je suis très content de créer en dehors de Fujiya mais ça n'a vraiment rien à voir, je fais vraiment la différence entre les deux. Je fais cela un peu à l'arrache et ça n'a aucun impact sur le groupe.

Matt Hainsby : Pour moi, I Am Ampersand me permet de lâcher prise, de faire un "nettoyage de printemps" nécessaire. Si je ne le faisais pas, je crois que je ne serais pas capable de créer à nouveau.

Cela fait maintenant plus de dix ans que vous jouez ensemble maintenant, mais comment vous êtes-vous rencontrés ?

Steve Lewis : J'ai rencontré Matt à l'université, puis David en jouant au football. Cela nous a pris genre trois ans pour écrire une seule chanson (rires).

David Best : Au début je ne chantais pas, je manquais un peu de confiance en moi, puis j'ai commencé à chuchoter et c'est devenu une des marques de fabrique de notre musique. C'est presque un accident, au final.

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