Dans l’après-midi du 19 février, une foule de plusieurs centaines de badauds se tient aux grilles du tarmac de l’aéroport de Cardiff. Tous attendent avec excitation le départ d’un monstre d’acier. Ils attendent tous le décollage d’Ed Force One vers la Californie.

Le signe annonciateur d’une nouvelle tournée mondiale pour Iron Maiden, comme une rengaine inusable où ces sexagénaires se remettent en selle pour aller répandre la bonne parole heavy aux quatre coins du globe, comme ils le font depuis maintenant quarante ans.

Sauf que cette fois, l’engin qui les emmènera des States jusqu’à l’Océanie en passant par l’Europe et l’Asie est plus gros qu’il ne l’a jamais été. Parce que oui, Iron Maiden se déplace aujourd’hui en Boeing 747 d’une date à une autre, comme si rien n’était suffisamment badass pour ces Anglais. Retour sur le tour bus le plus cher de l’histoire : qui es-tu, Ed Force One ?

Tout commence en 2008 au moment de la tournée Somewhere Back In Time Tour. Le groupe décide alors de voyager à bord d’un jumbo jet de taille modeste (tout est relatif) : un Boeing 757 de 57 tonnes pour une longueur de 47 mètres et une envergure de 38 mètres. La bête fait 13 mètres au garrot, propre pour un mini-van.

Un caprice à la limite du logique pour un groupe qui a vendu ses 90 millions de copies, et qui embarque toujours pour des tournées absolument interminables. Mais pas question de passer inaperçu dans les aéroports, pour marquer l’histoire il faut maintenant lui trouver un nom de guerre et une gueule reconnaissable entre mille.

Entretenant depuis toujours un lien très fort avec sa fan base, Iron Maiden a donc donné l’opportunité à ses fans de proposer les noms les plus swag pour leur oiseau de fer. Le résultat est sans appel, ce sera Ed Force One, en hommage à leur mascotte Eddie. Et pour rappeler que les Londoniens sont les plus gros pimps du heavy metal game, ceux-ci ont collé un énorme sticker au nom de la tournée sur toute la longueur de l’engin, foutu la tronche d’Eddie façon « dernier album » sur toute la queue de l’avion et inscrit tous les lieux par lesquels passera ladite tournée sur le nez du paquebot. Iron Maiden c’est le Barça. Idem pour la tournée suivante en 2011 - pour célébrer le très bon The Final Frontier.

Sauf que Iron Maiden nous est revenu avec un double album l’année passée. Outre le fait que cet plaque était excellente (elle a fini dans notre top 10 metal, d’ailleurs), Iron Maiden en veut toujours plus quand il s’agit de tourner.

Et qui dit double-album dit avion deux fois plus grand (plus ou moins). Ed Force One est aujourd’hui un beau bébé de 178 tonnes pour une longueur de 71 mètres et une envergure de 64 mètres. Un Boeing 747 que le groupe loue à la société Air Atlanta Icelandic pour l’occasion, après que l’engin a passé toute sa vie au service d’Air France.

Une machine de guerre qui peut accueillir tous les membres du groupe, ainsi que l’équipe de tournée et tout le matériel , sans devoir acheminer le moindre boulon par un autre moyen de transport. Utile quand on s’apprête à effectuer 70 dates dans 35 pays pour un voyage de presque 90.000 kilomètres réparti sur sept mois. Putain de marathon.

Niveau équipage, la cerise sur le gâteau reste encore que Bruce Dickinson, leader charismatique du groupe qui sort d’un cancer de la gorge, assure lui-même le pilotage de l’engin (!). Et même s’il reste un pilote chevronné - 7.000 heures au compteur dans l’aviation marchande et une formation acquise en 1991 – le chanteur à la voix criarde devra passer par la case simulateur de vol pour upgrader sa licence - on ne passe pas d’une Peugeot RCZ à une Lamborghini Murcielago en un claquement de doigts.

Tout ça nous ramène donc au tarmac de Cardiff, au décollage de Ed Force One et au lancement de cette tournée une fois de plus pachydermique en terme de moyens et de médiatisation - de notre côté, certains membres de la rédaction attendent beaucoup de ce Book of Souls World Tour, qui passera par la France et la Belgique.

Le résultat final est implacable et peut laisser sans voix à en voir le magnifique cliché pris par Rob Starling au moment de l’atterrissage à Fort Lauderdale, à quatre jours de leur première date de concert. Une initiative complètement folle, à l’image de l’histoire du groupe et de sa position monopolistique depuis trente ans au rayon du heavy qui s’écoute avec une veste en jeans sans manches.

L’occasion de rappeler à pas mal de monde que, si le nom des Londoniens peut parfois faire rire en 2016 (à tort, de toute évidence), Iron Maiden n’en finit pas de porter haut les couleurs de son héritage. Toujours plus proches des étoiles, tout là-haut, dans le ciel.