Dossier

3010: Décryptage d'un phénomène

le 29 mai 2012

En France, la rap musique avait l'habitude d'être catégorisée en sous ensembles bien distincts, où les croisements étaient rares. Ces dernières années ont prouvé le contraire, avec une nouvelle génération qui a poussé les anciens à reprendre le mic, et à tenter des collaborations plus osées et innovantes qu'auparavant. 3010 est un de ces jeunes emcees qui a attiré l'attention des rappeurs, de tous bords et de tous âges. On l'a vu collaborer avec les gars de 1995, avec Canardo, Greg Frite ou encore la Fouine (prochainement avec Oxmo Puccino?), mais également sur scène avec le crew de La Fronce ou Dabaaz lors d'évènements comme Can I Kick It?. Sans oublier que ses deux dernières mixtapes Premium et Premium 2 ont été produites par DJ Battle, « The Number One Mixtape DJ in France ». Alors comment expliquer cet engouement général et « intergénérationnel » autour de ce rappeur ?

Tout d'abord, un petit coup d'oeil dans le rétroviseur pour constater que Monsieur Mille a déjà à son actif 4 mixtapes, toutes couronnées de titres remarqués par ses pairs. Pas mal pour un rappeur d'une vingtaine d'année. Parmi ses faits d'armes, on compte des morceaux comme « Mon Bord et Moi », le remix de « 6 foot 7 » avec son compère Sneazzy West, ou plus récemment le morceau « Amen ». Ces différents titres, pourtant bien représentatifs du style 3010, présentent une approche totalement différente. Le premier est plutôt le portrait robot du Gentleman du Ghetto 2.0, tandis que le second est un égotrip bien senti et le dernier un constat trempé dans la colère, l'arrogance et le vécu. C'est dans cette polyvalence qui réside la force de 3010, mais également dans un style encore inexploité ou alors maladroitement en France. En effet, au fil de ses projets, il cultive cette fibre insolente centrée sur l'apparat dont il est fier, mais également son côté plus « lover »  et sympathique, ancré dans un univers geek. Un univers léger mais authentique, comme le porte des groupes tel que Fly Union outre atlantique.

« Fuck c'que t'as entendu, fuck c'que tu crois savoir » scandait-il sur son morceau « Amen ». En effet, au niveau de l'écriture, 3010 présente une éthique de travail assez singulière, en contraste avec le courant qui règne dans le rap français. Si l'on assiste à un retour du travail au niveau de la trisyllabie et de la punchline meurtrière, il apparaît à contre-courant de cette mode en ne se focalisant pas sur ces éléments, laissant parler une verve incontrôlée. Et comme lui-même le dirait: « Pas de punchline, ouais j'suis honnête là dessus ». 3010 a une écriture beaucoup plus instinctive, et donc plus naturelle, qui donne aux morceaux une structure basée sur le flow et l'intonation qui force l'auditeur à tendre l'oreille. Au delà de cette technicité innovante, il ose entreprendre des chemins risqués comme le chant ou des terrains R'n'B souvent glissants. Malgré quelques faux pas inévitables, il s'en tire plutôt bien, et il ne tient désormais plus qu'à lui de savoir manier avec précaution et réussite ces expériences dans le futur. S'il parvient à imposer un univers aussi facilement, c'est principalement car il le construit de toutes pièces.

Beatmaker de talent, rappeur, 3010 est également le leader d'un collectif tentaculaire, touche à tout et très actif. Avec ses acolytes, il compose le Eddy Hyde Gang avec comme devise « Hyde Or Die ». Une marque de fabrique très présente, avec également d'autres composantes comme la marque vêtement AeroArmy ou le photographe Ojoz. En bref, l'activité de 3010 est permanente est sans limite, symbole d'une nouvelle génération entreprenante et qui n'a pas peur de tenter et de bousculer les ordres établis. Probablement une démarche qui justifie l'intérêt porté à son égard. Un intérêt qui va multiplier les attentes lors de ses prochaines sorties. A l'heure actuelle, on peut retrouver ses différents projets sur le Tumblr de l'équipe et mater son dernier clip réalisé lors de son concert à la Boule Noire. A propos de concert, il était récemment en première partie de l'autre barbu du Maybach Music Group, Stalley, le 2 mai dernier à la Bellevilloise. Finalement, il n'y a pas que les rappeurs français qui s'intéressent à lui...