!!! (chk chk chk)

Botanique, Bruxelles, le 29-11-2010 | par Serge le 05-12-2010

En 2003-2006, rencontrer sur scène les Chk Chk Chk, c'était se prendre une grosse baffe en travers des molaires. On les a à l'époque beaucoup comparé aux Happy Mondays, aux Talking Heads. Avec le recul, on peut tout aussi bien en parler comme de The Rapture plus sexuels et moinds nerds, de LCD Soundsystem plus sauvages et plus dance que rock ou encore d'Holy Fuck moins expérimentaux et plus drogués. C'était un chaos jubilatoire tenant plus de la jam que d'un concert présentant son petit catalogue de chansons à plus tard downloader sagement. Une expérience orgiaque, païenne, parfois même transgressive, surtout quand Nic Offer se mettait à gober des ecstas à son arrivée sur scène, une anecdote rapportée du Japon, si nos souvenirs sont bons !!!

Ce lundi soir du 29 novembre 2010, à Bruxelles, ce n'était pas ça. Chk Chk Chk, c'est désormais un bon gros combo de white funk, qui assure la patate mais ne donne plus l'impression de traverser une orgie. C'est devenu une association dynamique, pro, avec une grosse batterie qui cogne plutôt que des percus qui rebondissent, une certaine durée standard pour les chansons, plus aucune impression d'assister à une jam en direct. C'est du bon temps qui se fait tout doucement aux normes, un groupe qui finira bien par sortir une ballade, obtenir un « vrai » tube. Cela reste beaucoup plus dynamique et habité que du côté de la concurrence (dont LCD, mais oui!) mais ce n'est plus vraiment dingue, hors-normes et aventureux. On est donc en train de dire ici que c'était mieux avant. Cela sans être blasé, ni tomber dans les travers du vieux con nostalgique. Puisque en fait, avant, les !!!, c'était tout simplement un autre groupe!

John Pugh, formidable bête de scène à la voix soul et à la tronche de fils de Tom Waits, est parti. Deux batteurs sont morts. Ils ont changé de bassiste. Il n'y a plus qu'une batterie et quasi plus de congas, ni de percussions. Le beat programmé est plus prégnant qu'avant et pas chipoté par le même personnel (exit aussi Justin Vandervolgen, grand spécialiste du genre). Il y avait deux guitares, il n'en reste qu'une. C'était un groupe de mecs, il y a maintenant une choriste. Nic Offer chantait assez mal, voire même en yaourt quand ça le faisait chier de répéter les paroles de chansons trop chantées. Désormais, sa voix est très assurée, pro, rodée et ils alignent les morceaux les plus efficaces de leur répertoire récent. Avant, ils commençaient un morceau, c'était parti pour dix minutes, dont généralement 5 de percussions, de sons acides et de guitares « africaines ». Et quand ça partait vraiment en sucette, Nic Offer était généralement en train de danser sur un baffle sa fameuse danse du rouston, John Pugh au milieu de la foule des premiers rangs en train d'hurler des shit sheisse merde et le guitariste avec sa tête de Juif new-yorkais à jouer dans Seinfeld sortait de son instrument des vrilles à damner bien des dancefloors. En 2010, tout cela, c'est fini.

Il y a bien quelques relents, des réminescences de cet âge d'or (les versions atomiques d'I"ntensify Pt1" ou de "Must Be The Moon") mais néanmoins trop de flagrants délits de tentatives d'adoption par le grand public; comme en rappel, cette version toute sage et fidèle du très bon mais aussi übber-putassier "Connected" des Stereo Mc's! Bref, si un certain plaisir reste au rendez-vous, en 2010, on se demande surtout où va le groupe, qui a tablé depuis 1996 sur une certaine folie intransigeante pour se faire remarquer et a tout l'air d'avoir complètement changé de stratégie avec son mauvais dernier album de funk tout mou et des concerts qui ne donnent l'impression de folie furieuse qu'à ceux ne les ayant jamais vu prester sur scène ne fut-ce qu'il y a seulement 3 ans. Autrement dit, le risque existe réellement qu'un jour, on n'en parle plus comme des héritiers des Happy Mondays et des Talking Heads mais bien comme des Level 42 des années 10. Suck my fucking dick, indeed, boys...

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